J’en veux du bon!

C’est parfois la dure loi des séries. On veut du bon, du renversant et rien ne se présente. Dans mon cas, ça tourne en traversée du désert, mais je ne désespère pas, cela fait partie des aléas de la lecture et il y a toujours une oasis quelque part.

La critique se fait donc plus expéditive et offre du deux pour un.

Commençons par le plus tranché.

Barouk Salamé revient avec un deuxième roman. Son premier, Le testament syriaque, m’avait laissé un bon souvenir de récit mêlé à des données sur l’Islam. Parfois un peu trop savant, cela restait intéressant. Arabian thriller n’aboutit pas au même résultat. Les passages informatifs devenaient pour moi tellement indigestes que je sautais des pages entières et cela n’était pas rattrapé par une action dans l’ensemble peu crédible et des personnages pas toujours cohérents. Je parais peut-être catégorique, mais j’ai senti encore une fois cette impression de polar alibi dont je parlais dans ma dernière critique avec une volonté pour l’auteur de nous transmettre un message sans réussir à maitriser la forme. Le mien, de message, est passé, ça ne fonctionne pas.

Savages de Don Winslow ne joue évidemment pas dans une catégorie identique. On est dans le potentiellement très bon et les critiques d’autres blogueurs étaient excellentes. J’avais en plus aimé La patrouille de l’aube et L’hiver de Frankie Machine, je me suis donc lancée confiante. Je suis malheureusement ressortie avec la même sensation indéfinissable qu’après La patrouille de l’aube, une impression de ne pas avoir atteint ce qui pouvait l’être.

Ils sont trois: Chon, le mercenaire revenu de tout, Ben, le docteur en botanique et sauveur de l’humanité et O, la jolie fille pas toujours équilibrée. Leur vie est simple, faite de plages californiennes et de trafic du meilleur cannabis, fabriqué par les bons soins de Ben. Sauf que le cartel de Baja ne le voit pas de cet oeil-là et veut les mettre sous sa botte. Ben et Chon refusent et le cartel réplique en enlevant O. Ce qui rend la situation très explosive.

On y retrouve encore une fois beaucoup des forces de Don Winslow. Il arrive à nous balancer une violence crue et pourtant loin d’être gratuite (on se doute bien que le cartel de Baja n’est pas constitué de gentils garçons) tout en gardant un détachement et un humour très noir. Cela amplifie encore cette impression de férocité, car on dirait que tous ou presque la vivent comme étant normale. Les phrases et les chapitres tous très courts rajoutent à ce sentiment et à la rapidité de l’action.

On y trouve aussi des idées intéressantes comme le fait d’être une femme à la tête d’une entreprise criminelle pas particulièrement portée sur l’égalité des sexes. Jusqu’où faut-il aller pour prouver que l’on n’est pas faible?

Enfin, le duo Ben/Chon, même si assez classique, donne un équilibre et participe beaucoup au plaisir du roman. Les deux amis n’ont pas vraiment une attitude semblable face aux évènements qu’ils rencontrent. Ancien militaire contre humaniste, quelle est la meilleure réponse? Leur but étant le même: sauver O, quoiqu’il advienne.

Tout cela paraît parfait et pourtant je ne suis pas sortie emballée de ma lecture. Je me heurte à l’écriture qui n’arrive pas à me toucher vraiment. Trop rapide, trop de saut, elle me perd en route et finit par me rendre indifférente. Je vois ce qu’on peut lui trouver, mais cela ne prend pas avec moi. Il y a la question de la traduction aussi et celle-ci me semble trop française en me laissant sur ma faim d’américanisme (deviendrai-je une maudite Québécoise?). Je sais que le traducteur n’est pas le même que pour La patrouille de l’aube et c’est moins flagrant dans le dernier, mais cela reste à mon avis perceptible. Peut-être ne suis-je pas entièrement sensible au charme décapant de Don Winslow. J’aimerai bien pourtant.

Barouk Salamé, Arabian thriller, Rivages, 2011.

Don Winslow, Savages, Éditions du Masque, 2011 (Savages, 2010) traduit de l’anglais par Freddy Michalski.

 

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8 commentaires sur “J’en veux du bon!”

  1. norbert spehner Says:

    J’aime bien l’expression « roman alibi » dont je vais probablement me servir en alternance avec « polar prétexte »…Merci Morgane !
    Je vois que tu souffres du même syndrome que moi : la difficulté de s’enthousiasmer pour la plupart des polars récemment parus. On dirait que les éditeurs sont sur le pilote automatique. Les Scandinaves tournent en rond, les Anglo-saxons tuent en série et les Français imitent les Ricains…
    Peut-être que je commence à être blasé.
    Pourtant, j’en ai lu un très bon: les Murmures, de John Connolly, qui mélange adroitement surnaturel et roman très noir (un crime impardonnable pour nombre d’amateurs !). Un auteur solide, qui mérite d’être découvert…

  2. Nicolas SIMON Says:

    Pour vous réconcilier avec Don Winslow,je vous conseille de lire « La griffe du chien » qui reste à mon avis son meilleur livre.

    • Morgane Says:

      Comme ce n’est pas la première fois qu’on me le suggère, il semble qu’il faut vraiment que je le lise 🙂 Un retour là dessus bientôt peut-être.

  3. Éric Forbes Says:

    Pour Savages, j’ai trouvé le personnage de la fille tellement insupportable, que le livre m’est tombé des mains à la page 50. Sans compter l’histoire rocambolesque, à la limite de l’invraisemblable. Et la traduction pitoyable. Pourtant, en France, on a parle comme le livre de l’année. Faudrait qu’on m’explique !

  4. Éric Forbes Says:

    Blasé, je crois qu’on le devient tous à la quantité de polars qu’on ingurgite. Et puis l’été il s’en publie tellement, et pas que du bon (même que cette année le mauvais était particulièrement à l’honneur), qu’on en fait une indigestion. À quand un blogue sur les mauvais polars ?


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