Bon, pas bon ?

Mon retour à la critique est marqué par l’indécision. Je ne parle pas de celle de tenir un blog ou pas, je suis plutôt sûre de moi sur le sujet, simplement habitée par une nonchalance passagère. Je veux dire celle de choisir le livre de ladite critique puisque ma dernière lecture m’a laissée perplexe. Je vais donc essayer de me lancer et d’expliquer le sentiment que m’a provoqué Je ne suis pas un serial killer de Dan Wells.

John Wayne Cleaver a quinze ans et le prénom d’un cow-boy et d’un célèbre assassin. Il a grandi dans un funérarium appartenant à sa mère et sa tante et il les aide occasionnellement avec les corps. Ajoutons à cela qu’il est sociopathe et vous aurez le tableau. Conscient de ses « légères » faiblesses et peu enclin à devenir un tueur en série, il s’est fixé des règles très strictes pour vivre le plus normalement possible. Mais lorsqu’un meurtre est commis dans sa petite ville tranquille et qu’un autre le suit de près, il a beaucoup de mal à ne pas s’y intéresser.

Jusque-là, rien que du classique, Dexter et d’autres avec lui ont tracé la voie. Ce qui n’est pas une critique négative d’ailleurs, on peut très bien faire ce qui l’a déjà été. Ce n’est pas une révolution du genre, toutefois l’écriture est agréable. Dan Wells réussit à doter son narrateur d’un ton juste assez détaché pour construire l’image du sociopathe sans le déshumaniser. Le personnage n’est à mon avis pas très crédible, mais ce n’est pas un problème dans le sens où cela n’est pas le but recherché.

Puis arrive le tournant du roman, le twist qu’on n’attendait pas. Je ne donnerai pas de détails pour ne pas tout dévoiler, mais on y change complètement de genre se rapprochant du fantastique ou de l’horreur. Le ton continue par contre d’être le même et c’est ce qui m’a aidé à poursuivre. Je ne suis pas portée vers le fantastique, les monstres me laissent indifférente, mais Dan Wells réussit à réunir les deux sans me perdre en route, ce qui est en soi un succès. J’ai donc terminé avec plaisir la narration de John Wayne Cleaver.

Lorsque je commence une nouvelle critique, j’en reviens toujours à me demander: « Était-ce un bon livre? ». Cette fois-ci, je crois que je vais passer mon tour sur la réponse. Absolument aucune idée. Est-il mauvais? Certainement pas, dans ces cas-là, on ne doute pas. C’est simplement que mon premier ressenti a été excellent et que l’après-coup a dilué l’effet. La preuve, je pensais, avant de l’écrire, que ma critique serait bien meilleure, mais les réflexions ont fait apparaître les lacunes, les stéréotypes et autres facilités dans lesquelles l’auteur est tombé. Cela ne lui rend d’ailleurs pas honneur comme il conviendrait puisque j’ai clairement aimé le lire. Ce qui veut dire en général qu’il s’agit d’un roman plutôt bien conçu sans être génial.

Cela ne vous aide pas à vous faire une idée? Tant pis pour vous! Vous n’aurez qu’à le lire pour me dire. Et puis, je promets de me rattraper pour le prochain.

Dan Wells, Je ne suis pas un serial killer, Sonatine, 2011 (I am not a Serial Killer, 2009) traduit de l’anglais (États-Unis) par Élodie Leplat.

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6 commentaires sur “Bon, pas bon ?”

  1. norbert spehner Says:

    Content de te relire…Tu sais te faire désirer, chère blogueuse 🙂
    Je n’ai pas encore lu ce roman (qui ne me tente guère à priori) mais une phrase de ton commentaire a particulièrement attiré mon attention: « C’est simplement que mon premier ressenti a été excellent et que l’après-coup a dilué l’effet ». C’est exactement ce qui m’est arrivé avec Les Neuf dragons, de Michael Connelly, que j’ai lu d’une traite pour le déconstruire ensuite à rebours, exercice qui m’a montré que c’était probablement le pire roman de la série, plein de ficelles énormes, de coincidences gargantuesques et d’invraisemblances impardonnables. Une jamesbonderie indigne de Connelly ! Le tout enrobé dans une sauce narratice efficace dans l’immédiat, mais qui ne résiste guère à l’analyse. Dure, dure, la vie de critique/chroniqueur…Que de cas de conscience ! Par contre (petite plogue) tu n’auras pas ce genre de problème avec Voodoo Land, de Nick Stone ou Mélanges de sang, de Roger Smith que j’ai beaucoup, mais alors beaucoup appréciés !

    • Morgane Says:

      J’ai eu la même impression pour le Connelly. Il n’est pas mauvais mais pas à la hauteur quand même. C’est du polar un peu facile, efficace pour la plage! J’ai par contre déjà suivi tes conseils pour Mélanges de sang et j’ai beaucoup aimé, je fais une critique bientôt. Je me ferai moins désirer, promis 🙂

  2. Éric Forbes Says:

    Je n’ai pas lu le Dan Wells et ne le lirai probablement pas; les mélanges de genre m’horripile. Et puis les éditions Sonatine commencent à me saouler sérieusement… Pour ce qui est du Connelly, je partage votre opinion: correct, sans plus. Comme le nouveau Lehane, d’ailleurs. Gros coup de coeur cependant pour le livre que je lis présentement: Les plumes du Dinosaures, de Jo-Sissel Gazan, chez Serpent noir, bien que la première partie ne soit pas très polar. Ah! et puis je me lançe bientôt dans le nouveau Craig Johnson, chez Gallmeister !

  3. Janmi Says:

    En ce qui concerne les Neuf dragons, j’ai eu l’impression que Connelly a essayé de donner un nouveau souffle à la série Bosch en envoyant l’enquêteur s’amuser avec les triades de Bangkok. Aller voir ailleurs que L.A. aurait pu être l’occasion de sortir Bosch de sa zone de confort, mais, malgré les nouveaux décors, j’ai eu l’impression que ça sentait la recette. Et puis j’avoue avoir été énervé par les passages où Bosch se révèle un peu trop pathétique, surtout lorsqu’il est question de sa relation avec sa fille. Mais le récit progresse au bon rythme et l’intrigue est en béton.

    • Morgane Says:

      @ Janmi: C’est vrai que le rythme est là, ce qui explique qu’on est autant de plaisir en le lisant.
      @ Éric: Et après, on dit que ce sont les français qui râlent tout le temps 🙂 Merci du conseil pour Les Plumes du dinosaure, je vais regarder ça. Je vais aussi me précipiter sur le nouveau Craig Johnson dès que je l’aurai reçu!


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