Hong Kong/Norvège/Congo

La grippe empêche souvent le cerveau de fonctionner de façon cohérente; heureusement, elle me laisse lire mais elle explique mon silence des deux dernières semaines. J’ai donc essayé la formule soupe-aspirine-polars pour m’en sortir. Échec total du côté grippe, elle s’est transformée en rhume mais côté polars, c’est plutôt agréable.
Jo Nesbø est pour moi un remède à toute épreuve, ça soigne de tout, ou du moins j’oublie le reste une fois plongée dans la vie de Harry Hole. Le Léopard a eu le même effet que les précédents.

Le roman commence avec une scène forte, le meurtre d’une femme, une mort violente. Puis il y en a une deuxième, retrouvée comme la première. Le patron de la Brigade Criminelle d’Oslo comprend très vite qu’il a affaire à un tueur en série et qu’ils n’arriveront pas seuls à attraper le meurtrier. Il va donc envoyer l’enquêtrice Kaja Solnes à la recherche du seul flic norvégien formé pour comprendre comment fonctionne le coupable, le seul et unique Harry Hole.
Celui-ci a fui à Hong Kong après l’affaire du Bonhomme de neige. Il est retombé dans l’alcool en y ajoutant un peu de drogue et se cache des triades à qui il doit de l’argent, pas la meilleure des vies. Et pourtant, il ne veut pas rentrer à Oslo, il a trop peur d’affronter son passé.
Kaja va trouver des arguments assez forts pour le persuader de mener l’enquête avec elle. Les victimes s’accumulent et Harry se retrouve coincé dans une guerre qui oppose les deux services de police de la Norvège: la Kripos contre la Brigade Criminelle. Il lui faut presque mener ses recherches dans l’ombre pour trouver ce coupable amateur de morts sadiques qui se joue d’eux et qui les mènera jusqu’au Congo.

Encore une fois, Jo Nesbø joue parfaitement sa partition. Il alterne moments d’enquête plus classique et rythme d’un quasi thriller pour nous mener jusqu’au bout de son récit. C’est, me semble-t-il, un de ses textes où la violence est le plus présente, autant décrite que laissée à notre imagination et cela fonctionne.
Harry Hole est encore plus complexe, humain jusqu’au bout, tiraillé entre ses faiblesses, sa peur, sa volonté d’être quelqu’un de bien et il se sait ainsi: « Je regrette comme pas permis. Mais ça doit juste être parce que j’ai une trop haute opinion de moi-même. Je me figure que j’aurais pu faire d’autres choix. » Son rapport avec son père malade pose la question ultime, jusqu’où peut-on aller par amour?

C’est à mon avis la force de certains grands romans policiers comme ceux de Nesbø. Ils nous racontent une enquête passionnante, plus proche des séries américaines que de notre réalité, et en même temps, ils nous parlent de l’âme humaine et de la société dans laquelle nous évoluons.
L’histoire est dans ce cas-là haletante, tortueuse et même exotique mais Nesbø la raccroche à une réalité forte. Comme les jeux de pouvoir entre différents services de police qui participent plus à ralentir l’enquête qu’à la résoudre, ou encore des fait plus intimes comme la confrontation à la mort d’un parent et à la peur de vieillir.
C’est un pavé qui se lit sans interruption et sans moment de relâche, largement de quoi avoir envie d’oublier sa grippe.

Jo Nesbø, Le Léopard, Gallimard, 2011 (Panserhjerte, 2009) traduit du norvégien par Alex Fouillet.

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7 commentaires sur “Hong Kong/Norvège/Congo”


  1. Salut Morgane, alors tu l’as fini ? Moi, je ne l’ai pas encore commencé, par peur du volume ! j’attends les vacances d’avril !

  2. norbert spehner Says:

    Salut Morgane,

    Content de savoir que tu émerges des brumes ! J’ai fini la brique en question récemment et pour moi il ne fait aucune doute que Nesbo, c’est un peu le Michael Connelly nordique…Le Léopard est le type parfait du « polar complet »: un personnage central fort, complexe, crédible, une intrigue bien rythmée, soutenue (les 800 pages passent rapidement), etc…Il y a bien un ou deux épisodes qui « jonglent » avec la vraisemblance (quand il a la fichue boule dans la bouche, par exemple), mais l’ensemble se tient. On m’a déjà reproché des élans d’enthousiasme un peu trop… enthousiastess (?), mais je lui mets 5 étoiles, sans hésiter ! J’espère qu’on te lira plus souvent…

  3. Richard Says:

    Et bien, si Norbert et Morgane « chantent » ensemble les louanges de ce Léopard qui pèse de tout son poids sur ma table de chevet …
    Alors, je me dépêche à faire certaines lectures un peu moins glorieuses et je me réserve trois ou quatre jours pour me taper ce pavé …
    Merci Morgane
    Et bon retour au boulot
    Bonjour Norbert …

    • Éric Forbes Says:

      D’accord aussi, Nesbo est un grand. Vrai que la scène où il se décroche la mâchoire est à la limite de la vraisemblance… et à peine supportable pour le lecteur sensible que je suis !

  4. Éliane Says:

    5 étoiles de Norbert… ça donne à réfléchir! Et moi qui suis confinée à comme Richard à de bien peu enthousiasmantes lectures, je salive et j’ai presque envie d’attraper la grippe… mais pas tant que ça quand même!

    • Morgane Says:

      @ Éliane et Richard: mes lectures actuelles ressemblent plutôt aux vôtres et comme en plus, j’ai fait une rechute, je trouve mon gros rhume de plus en plus dur 🙂
      @Norbert: des enthousiames trop enthousiastes? 🙂 Dans ce cas-là, je soutiens le 5 étoiles à 100%.
      C’est vrai que la scène de la boule dans la bouche est peu vraisemblable et difficilement supportable (je suis plus petite nature que je croyais!) mais cela apporte la touche haletante. Alors disons que je peux supporter une ou deux scènes de ce genre. Il a par contre l’intelligence de ne pas en mettre plus, restant comme cela dans la limite du très agréable.


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