Encore du jazz

Le jazz me poursuit… Et c’est vrai que jazz et polar vont souvent bien ensemble. Cette fois-ci, c’est Charlie Resnick qui me fait découvrir ses classiques.

Ah, le plaisir de retrouver le héros de John Harvey! Je l’avais croisé pour la dernière fois en anglais dans Wasted Years, je ne lis pas vraiment dans l’ordre sans que cela me dérange d’ailleurs. L’homme s’est assagi, il vit avec Lynn Kellog, sa collègue, plus jeune, qu’il a formé, un couple sans histoire dira-t-il, normal si seulement le concept existe.

Lynn a des ennuis. En intervenant lors d’une bagarre entre gangs de jeunes, une adolescente a été tuée, les parents lui reprochent d’être responsable. Resnick est appelé sur l’enquête comme second, il essaye d’aider sa compagne malgré ce mauvais caractère qui le fait parfois sortir de ses gonds. De son côté, Lynn enquête sur d’autres meurtres. Le quotidien de policiers de Nottingham, trop de meurtres et pas assez de flics. Elle se replonge aussi dans une ancienne affaire, le meurtre d’une masseuse, car le procès approche. Un témoin est terrifié, un autre disparaît. Il semblerait qu’il y ait des enjeux plus sérieux que le simple assassinat d’une prostituée par son mac.

Mais je n’en dis pas plus, le suspense doit rester intact. John Harvey réussit encore une fois à nous emmener avec talent dans le quotidien de flics anglais. Ils pourraient aussi être d’ailleurs, cela soulèverait les mêmes questionnements. Que faire confrontés à un milieu criminel qui s’internationalise, à des adolescents armés de plus en plus jeunes ? La police essaye de se réinventer avec de nouvelles méthodes, de nouvelles structures et les vieux flics comme Resnick ne savent pas vraiment comment réagir à cette évolution.

On suit les différentes enquêtes, les échanges entre flics et malfrats. Harvey décrit parfaitement la fonctionnement, l’arrivée d’une nouvelle enquête, les rivalités entre services, la hiérarchie. On est vraiment dans le polar de procédure.

Mais ce n’est pas que cela car il arrive également à mettre beaucoup d’émotions et de personnel dans tous ses personnages, Resnick en premier lieu. Un de plus qui vieillit après Rebus et Wallander même si lui n’a pas encore décidé de raccrocher. Cela permet à John Harvey de parler de cette inquiétude de la retraite, que faire quand on a été flic et rien d’autre toute sa vie? Quand en plus, on est comme Resnick, incapable de ne pas enquêter et de rester sur la touche, un classique du genre.

Harvey a aussi une manière très sensible d’aborder la question du deuil. Sans en faire trop, il arrive à nous faire ressentir la douleur de perdre un être cher, le vide qui se crée. Je n’en dis pas plus pour laisser la surprise.

Encore une lecture plus qu’agréable sous la pluie de Nottingham, parce que oui, il pleut. Il ne fait peut-être pas si bon y vivre, surtout dans certains quartiers, mais on y est bien à écouter du Bessie Smith en compagnie de Charlie Resnick.

John Harvey, Cold in Hand, Rivages, 2010 (Cold in Hand, 2008) traduit de l’anglais par Gérard de Chergé.

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4 commentaires sur “Encore du jazz”

  1. norbert spehner Says:

    Harvey est un de mes auteurs favoris ( pour la série Resnick notamment) et dans ma chronique de janvier (La Presse) j’écrivais cela:
    « Du même calibre que les Connelly, Rankin et autres Robinson, John Harvey est un des auteurs de romans noirs les plus sous-estimés du moment comme le prouve ce récit dur, brutal, sans concession… »
    Même qu’à un moment, il m’a quelque peu « désarconné ». Il y a un truc que je ne voyais vraiment pas venir…Les temps sont durs pour les personnages de polars !

    • Morgane Says:

      Tout à fait d’accord avec les comparaisons! À nous de mieux les faire connaître.
      Et je n’ai rien vu venir non plus, mon cœur (de midinette parfois) s’est serré pour Resnick.

      • Éric Forbes Says:

        Mon coeur de pierre s’est aussi serré.

      • Morgane Says:

        Les lecteurs de polar seraient-ils des cœurs sensibles qui s’ignorent? plutôt qui se cachent!


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