Il en manque cinq!

Après ma lecture voyage aller, voici ma lecture voyage retour! Je sais, je sais, cela fait un moment que je suis revenue et je vous parlerai bientôt du livre que je viens de terminer et du dernier Marcus Malte dans lequel je viens de me plonger. Mais en attendant, celui-ci vaut largement une mention.

C’est rare mais dans cet avion Bruxelles-Montréal, je n’avais absolument pas envie de lire. Pas envie de me plonger dans la vie des autres, pas envie d’émotion, envie de rien. Sauf que là, Jean-Bernard Pouy m’a eue. Surprise pas tant surprenante parce que je savais en prenant 1280 âmes dans ma valise que j’allais aimer ça mais il a réussi à me faire oublier mon blues passager pour une lecture 100% plaisir des mots et des phrases, une plongée jouissive dans un univers J-B Pouy/Jim Thompson.

Pierre de Gondol est le plus petit libraire de Paris. Dans son antre de douze mètres carrés, les livres s’empilent et les bibliophiles légèrement fêlés se suivent. Sa connaissance de la littérature est immense et c’est pour cela qu’un matin, un client lui propose une mission un peu particulière: retrouver les cinq personnages perdus du texte de Jim Thompson, celui s’intitulant Pop 1280 en anglais et 1275 âmes en français. Cinq personnes perdues dans une traduction, ça fait désordre.

Le défi est intéressant et Pierre de Gondol va se plonger dans les écrits pour chercher la réponse mais aussi se payer une petite virée outre-Atlantique et un road-trip sur les routes américaines pour aller chercher les cinq disparus.

C’est drôle, bien écrit, bien pensé, d’une énorme érudition! Cela ne vous suffit pas? Cela aborde les méthodes de traduction qui ont eu cours pendant longtemps en France pour les polars américains et cela jette un regard éclairé sur les États-Unis et notre relation avec la culture américaine. Pas sûr encore? C’est génial à lire et il y a du bon vin!

C’est sûr qu’un personnage de libraire ne pouvait que m’attirer et sa description de ses clients (« des amoureux pervers polymorphes du livre et de l’écrit en général ») est un plaisir. Le ton que Jean-Bernard Pouy arrive à trouver est un petit bijou. Et j’ai vécu un moment d’anthologie en lisant la description des pièces de théâtre jouées par Iris, la copine comédienne de Pierre de Gondol, dans le cadre du Festival tautologique de l’andouille, mais je vous laisse découvrir.

1280 âmes, c’est aussi un hommage à la littérature et au cinéma en général et plus particulièrement bien sûr, au livre de Jim Thompson puisqu’il nous en donne de longs extraits à savourer. On a le plaisir d’avoir à la fois Pierre de Gondol et Nick Corey « shérif d’un patelin hanté par des soulauds, des fornicateurs, des incestueux, des feignasses et des salopiauds de tout acabit » (ça, c’est du Thompson!), que demander de plus?

Ce n’est pas une lecture coup de poing, c’en est une que se déguste, chaque phrase interpelle et je ris encore en recherchant des passages. Cela donne envie de se plonger dans les livres et les films dont il parle, juste histoire de prendre du plaisir et de se cultiver un peu plus parce « La culture, ça sert. Et c’est bon pour le moral. »

C’est vrai ça! Je me suis sentie beaucoup mieux dans mon avion. Et si vous n’avez pas encore lu Pop 1280 de Jim Thompson, il est encore temps. Avant ou après 1280 âmes, comme vous voulez, mais lisez-les.

Jean-Bernard Pouy, 1280 âmes, éditions Baleine, 2000.

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One Comment sur “Il en manque cinq!”

  1. Éliane Says:

    Allô!

    Je dois être folle, mais cette description me donne le goût de me précipiter à la librairie! Des mots, de la culture sans autre but que la culture, une énigme purement intellectuelle, pas de sang, pas de sexe, pas de détective dépressif, oui je le veux!

    Dans le temps des Fêtes, j’ai pondu un calambour que je trouvais savoureux et qui avait à sa source m’sieur Rachmaninov (trop long à raconter, mais bon). Eh bien il est tombé à plat 2 fois sur 3 pour cause de «c’est quoi, ça, Rachmaninov?». Misère…

    La culture brute est un plaisir peu partagé. Je suis bien contente que tu nous en propose un plein bouquin! Je vais sûrement en échapper des bouts, mon érudition a quelques trous, mais je savourerai jusqu’au point final!


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