Bien choisir sa mouche

Je m’y prends peut-être un peu tard mais je ne peux quand même pas commencer mon premier article de janvier sans vous souhaiter une excellente année 2011. Qu’elle vous soit favorable et très noire bien entendu.

Elle démarre lentement pour moi puisque ma première critique est une lecture 2010. Dans l’avion qui m’amenait (en retard!) vers l’Europe, une partie de moi restait accrochée à l’Amérique du Nord en lisant La rivière de sang de Jim Tenuto. Je l’ai commencé en attendant l’embarquement, frappée par le contraste entre le lieu qui m’entourait, bourdonnant et rapide, voyageurs stressés qui courent, et les premières phrases du roman:

« Le moment de perfection était proche. Ma définition de la perfection inclut une rivière, de la solitude, une mouche sèche et une truite. »

C’est en tout cas celle de Dahlgren Wallace, guide de pêche dans un ranch du Montana. Peut-être pas la mienne, mais lire ce qui lui arrive s’en approche et a définitivement eu un effet relaxant sur mon voyage. On l’a toujours dit, la pêche, ça détend.

Enfin, quand c’est calme! Parce que lorsqu’un de ses clients se fait assassiner à quelques mètres de lui et qu’il est le suspect principal, Wallace trouve que la pêche peut être dangereuse. Et ce n’est pas parce que la victime est californienne et mormone que cela aide à faire passer la pilule (Wallace a une légère dent contre les californiens et les mormons). Si on rajoute être enlevé par un groupuscule néo-nazi puis par des extrémistes pour les droits des animaux, ça commence à faire beaucoup pour un pêcheur à la mouche. Et la question demeure, qui voulait la mort d’un chef d’entreprise spécialisé en compression vidéo? Question de territoire ou simplement d’argent?

Les éditions Gallmeister nous amènent une fois de plus découvrir les grands espaces américains et ça donne envie d’enfiler ses bottes. Jim Tenuto prend son temps en nous décrivant les rivières et les courants, les truites, le plaisir de les attraper … et de les relâcher, même si j’avoue avoir été un peu perdue dans la description du matériel et les noms de mouches. Ce n’est toutefois pas seulement une partie de pêche qui aurait mal tournée, c’est aussi la description d’un coin des États-Unis, une vision un peu noire et cynique de ceux qui y vivent. Il nous parle des enjeux financiers entre les grands ranchs, du pouvoir de l’argent, du sens de la propriété et des groupuscules plus ou moins violents qui veulent faire entendre leurs voix quelque soit la méthode. J’ai aussi trouvé intéressante cette situation d’un ranch acheté par un magnat des médias permettant à ses riches amis un retour à la nature et coupant la route aux locaux. Ce n’est pas vraiment surprenant que cela puisse mettre les gens en colère et c’est une situation qu’on imagine tout à fait près de chez nous.

Et au milieu de tout cela, Tenuto nous place une petite explication de texte sur les mormons. Pas étonnant que Dalhgren se sente un peu perdu surtout s’il se fait balader par les fédéraux. Comme il le dit si bien « quelque chose sentait le pourri au royaume du Montana ». Pour ma part, il m’a déposé au bord des rivières alors que je volais au dessus de l’Atlantique et si je peux me permettre, la pêche fut plutôt bonne.

Jim Tenuto, La rivière de sang, Gallmeister, 2006 (Blood Atonement, 2005) traduit de l’américain par Jacques Mailhos.

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8 commentaires sur “Bien choisir sa mouche”

  1. Éliane Says:

    Bon retour parmi nous, au pays où la vie peut continuer même s’il neige! Dans ma campagne éloignée, je suis toujours émerveillée de voir à quel point le retour à la normale suit de près la tempête. Bon, évidemment, ce ne sont pas les kilomètres de carrefours de la grand’ville, mais quand même. 400 ans d’acclimatation, ça finit par porter fruit.

    Quant aux mystères de la pêche à la mouche, nous pourrons toujours consulter l’expert Norbert pour nous les démêler un peu. Il s’y connaît! Mais à lire ton appréciation du bouquin, un peu de mystère ne nuit pas au bonheur…

  2. norbert spehner Says:

    Malheureusement, je ne suis pas un expert de la pêche à la mouche. Trop chère, trop compliquée (attention les oreilles !), trop subtile. A l’occasion seulement…
    Ce bon polar de Tenuto est une réédition. Il a déjà été publié en 2006 (Gallmeister) , avec une couverture différente. Je l’ai beaucoup apprécié.
    Les lecteurs qui aiment ce type de polar peuvent aussi lire Dark Tiger (un type de mouche), de William G. Tapply, chez le même éditeur.

  3. Éric Forbes Says:

    Aux polars chez les pêcheurs, je préfère ceux chez les pécheurs ! (excusez-la!)

    • Morgane Says:

      J’avais aussi beaucoup aimé Dark Tiger de Tapply. Et c’est vrai que de ne pas connaître la pêche ne nuit pas à la lecture, il suffit de se laisser porter par l’auteur, on ne comprend pas ce qu’il veut dire comme si on était un expert mais on sent l’ambiance, le rythme.
      @Éric: Elle est facile 🙂 mais elle est drôle.

  4. Bruno Says:

    A la suite de ton billet, voici ce roman arrivé tout chaud,tout neuf, sur mon étagère. D’ici quelques semaines je me plongerai dans sa lecture, à ta suite!
    A bientôt et merci de m’avoir convaincu.

  5. BiblioMan(u) Says:

    Je suis d’accord avec tout ce que tu dis sur ce livre. J’ai bien aimé l’humour que Tenuto a su glisser dedans. Et j’ai bien bien hâte qu’une deuxième aventure avec ces personnages voit le jour.


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