Un privé à Dublin

Ed Loy est parti lorsqu’il avait 18 ans et il vit depuis vingt ans aux États-Unis. Lorsqu’il rentre à Dublin pour les obsèques de sa mère, c’est une ville différente qu’il retrouve, plus riche, pleine de grues et de promoteurs immobiliers. C’est la nouvelle Irlande, celle du tigre celtique. Et pourtant, certaines choses ne changent pas, les petits malfrats sont toujours là même s’ils sont montés en grade et les vieilles rivalités survivent.

Loy, n’ayant rien d’autre à faire, va accepter d’aider Linda, une amie d’enfance, à retrouver son mari qui a disparu. Après tout, il sait faire puisqu’à Los Angeles, il est détective privé. Mais rapidement, c’est plus qu’une simple enquête pour disparition qui se profile, les morts vont commencer à se succéder et il marche sur les plates-bandes de gens hauts-placés. Il va se retrouver confronté à un monde de corruption, de magouilles politique et de trafics de drogue. En fouillant toujours plus, il comprend que rien de ce qui se joue n’est nouveau, tout cela est lié au passé, à celui de son père et des Villas Fagans, le lieu qu’ils ont tous voulu quitter. Une vieille histoire de rancune et de sang.

Un détective privé en Europe, il n’y en a pas tant que ça dans le polar et Declan Hughes arrive à très bien gérer cela. Il joue avec les codes du genre sans tomber dans la facilité: privé, femme fatale, mafieux et amateur de violence, tout se retrouve dans le roman mais dosé juste comme il faut. Son personnage de Ed Loy est assez fin pour ne pas tomber dans le stéréotype du privé à l’américaine. Buté mais pas stupide, prêt à aller jusqu’au bout à condition qu’on lui donne les bonnes raisons. Et pourtant il ne fait pas bon se frotter à la pègre irlandaise. Ce n’est pas une tête brulée mais un homme affecté par sa vie personnelle et avec un certain sens de la justice et de l’équité, perdu dans ce pays qui est à la fois le sien et complètement différent.

Coup de sang est donc tout d’abord une très bonne histoire avec des très bons personnages. Mais c’est aussi un peu plus car Declan Hughes nous montre une société en mouvement. Il parle d’une ville et d’une population en mutation où tout a changé tellement vite que ceux qui sont partis ne reconnaissent plus leur pays. Bien sûr, un changement aussi radical ne peut qu’attirer les malfrats en tout genre et autant d’argent, les malversations diverses. C’est aussi cela que Hughes raconte, la transformation rapide de l’Irlande et pas seulement pour le meilleur car il y a forcément un prix à payer.

« Pendant trop longtemps, les Irlandais avaient eu honte de leur fonds de culotte troués. Plus personne n’avait le droit de penser ainsi, et même si cela impliquait un carnaval de vulgarité et d’avidité ostentatoire, eh bien, n’avions-nous pas attendu ce moment suffisamment longtemps? »

On est loin de l’humour noir de Hugo Hamilton ou Colin Bateman, ce n’est pas non plus l’atmosphère d’un Ken Bruen. C’est du polar très noir mené d’une main de maître et, comme les précédents, totalement irlandais. Quand en plus, on sait qu’il s’agit du début d’une série, cela donne envie d’aller voir avec les romans suivants Dublin selon Ed Loy.

Declan Hughes, Coup de sang, Gallimard, Série Noire, 2010 (The Wrong Kind of Blood, 2006) traduit de l’anglais (Irlande) par Aurélie Tronchet.

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5 commentaires sur “Un privé à Dublin”

  1. Éric Forbes Says:

    Entièrement d’accord avec toi ! En espérant que gallimard poursuive les traductions.

    • Morgane Says:

      Sinon, on les forcera 🙂 Ou peut-être à nous d’en vendre pleins pour qu’ils continuent!

  2. Éliane Says:

    IL faudra que je lise ça… J’ai toujours trouvé que les Irlandais et les Québecois sont au même carrefour de l’histoire, une toute petite gang dans une mer de différence. Une petite gang têtue, un peu plus trash du côté irlandais, mais bien décidée à se tenir debout dans ses bottines.

    Bon lundi!

    • Morgane Says:

      Ce n’est pas la première fois que j’entends la comparaison. Un professeur d’université irlandais disait la même chose pour la littérature et il venait souvent ici discutait avec ses collègues québécois. Et après avoir vécu deux ans en Irlande, je ne la trouve pas fausse. Mais par contre, définitivement plus trash chez les Irishs! Ça doit être la Guinness.


  3. Celui là est sur ma liste de lecture et en bonne position pour être lu très bientôt, suite à un article chez Moisson noire, je crois. Ton article confirme … Je reviens t’en parler dès que je l’ai fini


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