Des sous-marins partout

J’ai hésité avant de publier cette chronique. Je ne savais pas si je me sentais assez forte pour supporter la pluie de commentaires qui va forcément me tomber dessus. Mais bon, allez-y, j’ai mon parapluie. Et puis la critique est constructive et me fera peut-être comprendre où j’ai trébuché et le tournant que j’ai loupé. Donc, je me lance.

Je parlais il y a quelques jours d’un James Lee Burke que je lisais. Je l’ai enfin fini! Entendez-vous le soulagement dans ce « enfin »?

Pourtant, ce n’était pas le premier de la série des Dave Robicheaux que je lisais et j’avais aimé les autres. La preuve d’ailleurs avec ma chronique sur La Descente de Pégase. Mais Dixie City Jam n’a définitivement pas le même potentiel, en tout cas, à mes yeux (le clic que vous venez d’entendre, c’est l’ouverture de mon parapluie).

On demande à Dave Robicheaux de retrouver un sous-marin nazi qui a coulé lors de la deuxième guerre mondiale dans le golf du Mexique. Il sait qu’il existe, il l’a vu quand il était adolescent lors d’une plongée. Il va très vite se retrouver au centre d’un conflit entre des hommes qui veulent tous ce sous-marin, dont Will Buchalter, un néo-nazi complètement psychopathe. Et puis il y a toujours la présence de son ami Clete Purcel qui ne peut pas s’empêcher de ruer dans les brancards et de s’en prendre aux criminels trop puissants de la Nouvelle-Orléans. Quand Will Buchalter va s’en prendre à sa femme et menacer sa famille, Dave Robicheaux va devoir réagir et se défendre.

Commençons par les points positifs, car il y en a, sinon, je n’aurai certainement pas terminé. Avec un peu de chance, je vais calmer ceux déjà en colère. Je trouve que James Lee Burke arrive à bien montrer la noirceur et la violence caché en chacun. Dave Robicheaux en est le parfait exemple, il pense être différent de Purcell et des autres mais comme lui dit son ami en riant, il est le plus violent de tous et il ne le sait même pas. C’est seulement qu’il lutte contre ce penchant et n’en tire pas plaisir, il ne se laisse aller que dans des cas extrêmes. Je me suis laissée embarquer par l’histoire du sous-marin nazi (il faut dire que je sortais de celle du sous-marin russe de Mankell) et des néo-nazis. Et puis il y a la Nouvelle-Orléans, le paysage, l’ambiance, dépaysant.

Le négatif, maintenant. J’ai retrouvé ce manichéisme que je reprochais dans La Descente de Pégase mais encore plus palpable. La vision de Dave Robicheaux dans ce livre est divisée en deux mondes bien distincts, les méchants et lui. Peu lui importe de savoir qu’au fond, il aspire à la même violence. Et cette bonne conscience est encore plus forte quand on parle d’alcool et des alcooliques anonymes, avec en fond une croyance en Dieu qui m’exaspère car elle est à mon avis primaire. Les gentils ont Dieu, les autres non. Mais je crois que ce qui m’a le plus gênée, voire même énervée, ce sont ces personnages de femmes. Pas que je sois plus féministe qu’une autre, mais il y a des limites. Elles sont putes, incapables de gérer leur vie ou enfin comme dans le cas de sa femme, complètement inexistantes et sans force. Et cela se sent dans les mots utilisés par Robicheaux « my house, my daughter, my wife ». Il l’infantilise en l’appelant « kiddo », la voit tomber dans l’alcool sans même faire appel à son intelligence pour s’en sortir. Moi homme Robicheaux, moi sauver femme. J’exagère peut-être un peu pour appuyer mon propos mais c’est vrai que les Tarzans ne m’ont jamais impressionnée.

C’est dommage car même si je trouvais parfois un peu facile les récits de James Lee Burke, je n’avais jamais ressenti avec autant de force cette opposition bien/mal sans nuance et cette faiblesse flagrante dans les personnes féminins. Je ne demande pas une super woman mais quand même, nous arrivons parfois à nous en sortir sans la présence réconfortante d’un homme, merci.

Vous comprenez maintenant le soulagement dans le « enfin »? Mais allez-y, je suis prête à répondre ou du moins à essayer de répondre aux critiques fusantes!

James Lee Burke, Dixie City Jam, Hyperion, 1994.

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3 commentaires sur “Des sous-marins partout”

  1. Éric Forbes Says:

    Tu mets le doigt sur qelques uns des problèmes que j’ai avec Burke: Dieu, le bien et le mal, les bons et les méchants. Et j’ajouterai: ces phrases joliement écrites dégoulinantes de sagesse qu’il pond. Sans oublier ce côté moralisateur qu’à Robichaux. J’ai le même problème avec les livres de Walter Mosley, en fait. Ceci étant dit, quelques uns des meilleurs polars que j’ai lu ont été écrit par James Lee Burke. Peut-être me suis-je lassé avec les années ?

    • Morgane Says:

      Tu résumes en trois lignes ce que j’ai essayé de dire en beaucoup trop de mots. Ouf, merci! Peut-être effectivement s’agit-il de lassitude. Ou peut-être que nous sommes habitués avec d’autres auteurs à des polar plus en nuances ou le bien et le mal se mélangent, les bons ne sont pas toujours ceux qu’on croit et Dieu à pris la porte de derrière.

  2. Éliane Says:

    En ce qui me concerne, Morgane, tu peux fermer ton parapluie! Burke a une écriture complètement américaine, avec les bons côtés que ça comporte et les inévitables agacements que ça procure.

    J’en ai lu plusieurs, et toujours j’avais ce gratouillement derrière l’oreille qui me disait : « Ouin, j’adore ça, mais pourquoi y m’énerve tellement à la longue? » Et voilà, ma réponse ressemble à la tienne : les bons sont comme moi, les autres je les écrase, les femmes ne comptent pas et Dieu est mon ami. Ça passe au début parce que l’écriture est magistrale, mais ma conclusion est que Dave Robicheaux est à prendre à petite dose, de loin en loin.

    Le temps d’oublier ce qui m’énerve pour savourer ce qui me plaît.


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