À voleur, voleur et demi

Je l’avais presque oublié dans ma bibliothèque, je ne sais trop pourquoi. Et pourtant Surveille tes arrières! une lecture plus que bénéfique. Même après nous avoir quitté comme un pied de nez la veille de la nouvelle année 2009, Donald Westlake continue de prouver qu’on peut faire rire en faisant de l’excellent polar.

Il y a d’abord Arnie, receleur forcé par sa famille à faire une cure dans un Club Med parce qu’il est trop détestable. Peut-être l’influence des Gentils Organisateurs pourrait lui être bénéfique. Il va y rencontrer Preston Fareweather, un homme (si c’est possible) encore plus détestable que lui, qui s’est installé là pour fuir ses innombrables ex-épouses. Il y a ensuite John Dortmunder, notre habituel cambrioleur, qui aimerait bien trouver une affaire intéressante et qui rapporte bien sûr. À son retour de vacances, en homme nouveau, Arnie va contacter John car il sait maintenant que Preston Fareweather est un homme très riche avec un appartement rempli d’objets de valeur en plein milieu de New York. Un boulot facile quand on sait que le propriétaire est encore sur son île. Enfin presque.

Parce qu’il y a aussi le O.J. Bar & Grill, le refuge habituel de la bande à Dortmunder, qui est tombé entre les mains de petits mafieux. Et ça ils ne vont pas laisser faire parce qu’ils n’aiment vraiment pas se réunir ailleurs. C’est vrai, où trouveraient-ils un endroit avec un barman qui les connait aussi bien: Deux bourbon-glace, une bière avec sel, un whisky avec eau, une vodka avec vin, la fine équipe!

Et puis Preston Fareweather va-t-il rester sur son île? Le rapport entre tout ça? Je vais laisser Westlake vous expliquer, il fait ça avec tellement de talent que ce serait un crime d’en raconter plus.

La mécanique est parfaitement huilée, il nous conduit de rebondissements en péripéties pour notre plus grand plaisir. On sait d’avance que tout va se percuter à un moment et on est impatient de savoir comment il va s’y prendre car on sait qu’on va être surpris et enchantés. J’aime le ton qu’a toujours réussi à trouver Westlake. À la fois froid et factuel et pourtant toutes les émotions sont perceptibles, principalement la comédie bien sûr. Les dialogues pince-sans-rire se multiplient et fonctionnent très bien tout au long du roman. Je ne suis habituellement pas attirée par les polars qui jouent la carte de l’humour mais quand c’est Donald Westlake qui le fait, je plonge avec plaisir, c’est un champion en la matière. Les scènes se succèdent et on visualise le film que cela pourrait donner, les moments-clés où tout se bouscule et se renverse.

Et en fil (pas vraiment conducteur), les habitués du O.J. nous régalent avec leurs discussions philosophiques sur le paradis, son manque de meubles et son abondance de nuages, et la couleur des billets de banque.

On est définitivement du côté des voleurs quand ils nous font autant rire que John Dortmunder et sa bande.

Donald Westlake, Surveille tes arrières!, Rivages, 2010 (Watch your back, 2005) traduit de l’anglais par Jean Esch.

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3 commentaires sur “À voleur, voleur et demi”

  1. Richard Says:

    J’adore la folie du gang de Dortmunder … qui est celle du regretté Donald Westlake.

    Il a le don de me faire sourire et rire … et nous fournit de bien beaux moments de lecture !!!

    Je me rappelle, une vieille dame qui m’a pris pour un fou, dans le métro … quand je me suis esclaffé en lisant la description d’une rencontre au Bar O.J.

  2. Dialog Says:

    Je ne doute pas du talent littéraire de Westlake.

    J’ai pu l’apprécier dans le seul livre que j’ai lu de lui.
    Ce que je ne comprend pas, c’est ma réaction à ce type d’humour noir. Je suis incapable de sourire. Ce qui m’envahit face à la froide ironie de l’auteur c’est, page après page, la frustration. Qui s’accumule.

    Je suis proprement incapable de monter au degré 2 en le lisant.
    Pourquoi ? Mystère personnel.

    Pourtant j’ai adoré, lu d’une traite, Keller en cavale de L. Block où le fond de l’histoire repose sur et sous une large couche d’ironie grinçante ce qui ne m’a pas empêché de sympathiser et d’empathiser profondément avec le tueur à gage, ce héros très ordinaire et d’être tout simplement ravi de vivre en haletant sa difficile et astucieuse sortie de crise et le  » happy ending  » que l’auteur lui a réservé.

    Pourquoi avoir détesté Westlake au point de ne plus jamais vouloir en relire et au contraire pourquoi avoir adoré L. Block
    et en redemander ? Mystère ? La réponse restera toujours enfouie dans l’impénétrable histoire personnelle de chaque lecteur.

    Une petite partie de la réponse tient cependant dans l’usage outrancier que font parfois trop de romanciers humoresques,
    de scénaristes de films, pièces théâtrales et sit-com-comédies, dans l’usage outrancier de la frustration comme levier principal et ressort des situations supposées drôles, comiques, vécues par leurs héros. Par vicariat et procuration empathique certains lecteurs, dont je suis,refusent de vivre, de partager la frustration du héros auquel l’auteur voudrait qu’on s’identifie, refusent de trouver drôles la série de frustrations vécues par le héros.

    Passer au second degré dans la lecture suppose qu’on se détache du héros et qu’on ne rit plus de soi mais de l’autre.

    • Morgane Says:

      Je comprends ce que vous voulez dire et justement, vous devriez tout de même aimer ce Westlake-là car les situations comiques ont tendance à jouer en la faveur des héros et non le contraire. Ce sont les autres qui vont être frustrés et c’est pour ça que c’est drôle!


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