Descente en rappel

Commençons d’abord par dire que c’est une très bonne idée que Gallmeister se soit mis au format poche. En tant que libraire, je trouve qu’ils seront d’autant plus faciles à vendre à un prix raisonnable (les grands formats sont malheureusement un peu chers en dollars canadiens). Et les livres sont beaux, que demander de plus?

La sanction de Trevanian m’intriguait. À cause de sa couverture et de sa corde se cassant. À cause de la description bien mystérieuse de l’auteur sur la première page du livre. Et bien sûr à cause de l’histoire. Je ne regrette pas un instant de m’être plongée dans sa lecture.

Jonathan Hemlock est un professeur d’art renommé, auteur de publications, un alpiniste connu internationalement. Mais il est aussi un tueur. Travaillant pour l’organisation secrète CII, il est spécialisé dans les « sanctions »: venger les assassinats d’agents du CII en supprimant leurs responsables. Il ne fait pas ça par conviction ou patriotisme mais ses hobbies ont tendance à lui coûter cher: une église qu’il a transformé en maison et une collection de peintures impressionnistes pas vraiment légale. Pour payer ses à-côtés, il tue à la demande contre une rétribution conséquente.

On le contacte après le meurtre d’un agent pour une nouvelle sanction. Cette fois-ci la donne est un peu différente. La cible fait partie d’une équipe d’alpinistes qui va tenter de monter le sommet de l’Eiger dans les Alpes suisses. Mais le CII est incapable de dire qui de ces hommes est le coupable. Hemlock va avoir la double tâche de combattre un adversaire inconnu et d’affronter un des pics les plus difficiles qui soient.

Jonathan Hemlock est un héros intéressant. Repéré par le CII pendant son service militaire, les tests psychologiques le décrivent comme étant totalement dépourvu de conscience, se contrôlant à un degré anormal et donnant une très grande importance à la loyauté. En une phrase: « le sujet est une personnalité quelque peu incomplète. Et socialement très dangereuse. »

On est dans la lignée des James Bond et autres grands agents. Les personnages sont originaux et singuliers: Yourasis Dragon, le responsable du CII, albinos vivant dans l’obscurité, Mrs Cerberus, sa secrétaire, Ben, son ami alpiniste qui dirige un hôtel après avoir perdu quelques orteils dans une ascension. Et bien sûr « chercher la femme », Jemima. Tout y est, des agents au nom de code de poison aux ennemis jurés. Cela a l’air stéréotypé et cela ne l’est absolument pas. C’est juste une aventure dans laquelle on a vraiment envie de se lancer à la suite de Jonathan Hemlock. Qui plus est, ce roman n’a pas pris une ride alors qu’il a été écrit en 1972. La bonne littérature ne vieillit pas, me direz-vous. Vrai, mais pas si facile à faire dans le milieu des espions et des agents doubles où la technologie change si rapidement. Trevanian arrive à donner le ton parfait à sa narration. Les scènes d’alpinisme sont particulièrement impressionnantes et éprouvantes. Nous sommes accrochés avec ces hommes sur les parois fragiles et pentues du Eiger, on ressent le froid de la nuit, le gel, la peur de mourir. À la merci d’une corde qui peut s’effilocher. Jonathan saura-t-il découvrir à temps l’identité de sa cible?

J’ai très envie d’aller voir ce qui attend Jonathan Hemlock dans L’expert et de lire les autres romans de Trevanian, ou encore Rodney Williams Whitaker, sur lequel mon Dictionnaire des littératures policière a légèrement éclairci le mystère. Et puis peut-être de regarder ce que Clint Eastwood a fait du tueur sans conscience.

Trevanian, La sanction, Gallmeister, 2010 (The Eiger Sanction, 1972) traduit de l’anglais (États-Unis) par Jean Rosenthal.

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3 commentaires sur “Descente en rappel”

  1. Richard Says:

    L’année dernière, j’ai lu « Shibumi » et j’avais adoré ce roman puissant et passionnant.

    À la lecture de ta chronique, je retrouve l’atmosphère et le style … et la tentation d’y retourner est grande.
    La sortie en livre de poche de « La sanction » sera l’occasion de revenir à cet auteur que j’avais grandement apprécié.

    Un message à ma libraire préférée s’impose !!!

    Merci Morgane.

  2. christophe Says:

    « La Sanction » est le moins bon des trois, c’est dire… IL faut donc ensuite lire « L’expert », le deuxième Hemlock et après, le chef d’œuvre, « Shibumi », en ayant à l’idée que don Winslow, bourré de talent en ce moment, est en train (ou a fini) d’écrire le prequel de « Shibumi »… YES !

    • Morgane Says:

      Ça promet. Bon, il va falloir que je remette de l’ordre dans mes priorités de lecture 🙂


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