Mer d’Islande, vent de force 10

Je n’avais pas lu ce livre à sa sortie en début d’année. Lorsqu’il est apparu sur la liste des finalistes du prix 813, je me suis dit qu’il faudrait remédier à cela. Alors, autant le dire tout de suite, je ne voterais pas pour lui. J’ai essayé, persévéré, je l’ai mis de côté le temps d’un autre roman pour finalement le reprendre et le terminer mais ce fut une lecture laborieuse. Pourtant, je ne suis pas restée insensible à l’écriture de l’auteur et c’est pour cela que j’avais quand même envie de vous en parler.

La première partie du roman tient du chassé-croisé. Les chemins des personnages s’entrecroisent sans que ceux-ci en soit vraiment conscients. Il y a Saeli qui doit de l’argent perdu au jeu, Gudmundur qui voudrait sauver son mariage et Jonas qui ne pourra plus rien pour le sien ou encore Jón Karl, surnommé le démon, malfrat en butte à plus mauvais que lui. Ces hommes et cinq autres vont se retrouver à bord du Per Se, un navire à destination du Surinam. C’est le début d’un huis-clos noir et mystérieux. Car chacun a emporté avec lui des secrets à cacher et la nature va se déchainer contre eux. Cela les mènera au bout de leur limite et au bout du monde.

L’histoire paraît énigmatique et c’est une des forces du roman. Elle est aussi difficile à raconter si on ne veut pas trop en dévoiler pour ne pas gâcher la lecture.

J’ai lu d’excellentes critiques et je les comprends en partie. L’auteur arrive effectivement à installer une atmosphère opaque et lourde. La construction est intéressante. Les croisements du début nous présentent les personnages un à un avant de les diriger vers le même point et de les réunir sur le bateau. Cela permet de les définir pour ne pas nous perdre. J’ai aimé l’écriture, la montée de l’angoisse, les points culminants qui font basculer tout le récit. J’ai apprécié aussi la part quasi occulte, le fait que Máni ne se limite pas à la réalité du navire.

Mais, car bien sûr vous avez bien senti qu’il y avait un mais, je n’ai pas réussi à me laisser emporter par l’histoire. Certaines longueurs ont ralenti ma progression et je dois dire qu’à force de me promener dans toutes les parties de ce bateau, j’attrapai le mal de mer. Mais ce qui a définitivement empêché mon engouement, ce sont les coïncidences beaucoup trop fréquentes à mon goût. Je sais que l’Islande est un pays peu peuplé mais quand même. Je ne veux pas donner d’exemple pour ceux qui auraient quand même envie de le lire mais j’aurai certainement pu faire avec moins. Cela aurait bien sûr empêché certaines rencontres mais il y aurait pu en avoir d’autres intéressantes. J’ai, pour ma part, fini par ne plus y croire. Et c’est dommage car on sent une maitrise de l’écriture et du noir assez intéressante. C’est peut-être seulement que je n’ai pas le pied marin mais cet océan, même s’il m’a semblé bien noir, ne m’a pas donné envie d’y naviguer.

Stefán Máni, Noir Océan, Gallimard, 2010 (Skipid, 2006) traduit de l’islandais par Éric Boury.

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10 commentaires sur “Mer d’Islande, vent de force 10”

  1. Éric Forbes Says:

    J’ai tellement essayé de l’aimer, ce livre. Il est beau, il sent bon, c’est un série noire. J’adore les série noire. La plupart du temps. Pas celui-là. J’ai lu 100 pages et ouste, au suivant. Je n’ai pas de patience avec les livres ! Là, je me plonge dans le FLQ de Louis Hamelin.

  2. Richard Says:

    Je passerai donc mon tour … Pas de croisière sur ce Noir Océan …
    Merci Morgane !

  3. cynic63 Says:

    Bonjour,
    Personnellement, j’ai adoré. J’ai complètement adhéré à l’histoire, à sa narration, à l’écriture. Malgré des incohérences (la discussion sur Sartre est vraiment « de trop ») et un virage étrange vers la fin, je trouve qu’on voyage et que ce roman est bien atypique

    • Morgane Says:

      Les coïncidences et hasards ne t’ont pas gêné? Parce que je suis d’accord pour dire qu’il s’agit d’un roman atypique et finalement la fin ne m’a pas vraiment dérangée même si étrange. Mais j’ai vraiment buté sur l’histoire.

  4. cynic63 Says:

    J’ai bien aimé le début avec changement de focalisations mais aussi tout le côté presque « roman d’aventure » du voyage ou de la dérive plutôt. Certaines coïncidences ou hasards ne m’ont pas gênées plus que cela: disons que j’ai accepté de me laisser transporter dans un univers totalement hors du réel…Enfin, je le dirais comme ça en quelques mots rapides

    • Morgane Says:

      Je comprends tout à fait ce que tu veux dire. On dirait que nous n’avons absolument pas aborder notre lecture de la même manière et donc c’est presque comme si nous n’avions pas lu le même livre. Pour simplifier un peu trop peut-être, tu lisais de l’aventure, je lisais du noir. Et donc un ressenti totalement différent.

  5. cynic63 Says:

    De l’aventure…noire quand même! Franchement, le début, le huis-clos tendu, les scènes dans le poste de pilotage, par exemple, c’est quand même, pour moi, du noir au sens strict. Pas du polar certes

    • Morgane Says:

      oui, définitivement noir. Je simplifiais beaucoup je sais. De toute façon, il n’y a plus beaucoup d’auteurs qui se cantonnent à un genre littéraire unique sans aller chercher ce qui pourrait être intéressant dans les autres. Ce qui en fait souvent de meilleurs romans je trouve.

  6. chris Says:

    Enfin!J’avais tellement lu que ce roman etait génial…
    J’ai vraiment eu beaucoup de mal à terminer cette histoire qui n’est en rien un huis-clos comme je l’ai lu si souvent.

  7. cynic63 Says:

    Pas un huis-clos au sens strict mais Mani mélange tellement les genres, brouille les codes que Noir Ocean tend vers cela comme vers le roman d’aventure, fantastique,etc…


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