Average Joe

Bon, ben, c’est la rentrée, cette fois-ci pour de vrai. Je reviens vous parler de mes lectures. Tout le monde a droit à des vacances prolongées et sans raison valable, non? Et puis, je dois avouer que les derniers livres lus ne m’ont pas particulièrement enthousiasmés. Il y a des moments comme ça de vaches maigres littéraires ou plutôt disons que je n’ai pas eu la main très heureuse dans mes choix. Mais la chance a tourné. Ma pile à lire s’est garnie de quelques titres prometteurs.

Le premier? Un employé modèle de Paul Cleave, à peine terminé et déjà j’ai envie de vous en parler.

Joe fait le ménage au commissariat central de Christchurch en Nouvelle-Zélande. Il est Joe-le-lent, un homme d’habitudes, s’occupant de ses poissons rouges et de sa mère. Un peu limité mais sympathique. Enfin, ça c’est Joe de jour, parce que Joe de nuit, c’est plutôt psychopathe et compagnie. Sa manière de s’amuser? Violer des femmes et les tuer dans des conditions atroces. Parce qu’il peut, parce qu’il a le pouvoir, parce que ça l’amuse. Et quoi de mieux que travailler au plus près de ceux qui le cherchent pour savoir où ils en sont. Il est donc accusé de sept meurtres. Et c’est là que le bât blesse. Parce que l’une d’entre elles n’est pas à lui. Et qu’on essaye de lui faire porter le chapeau pour un meurtre qu’il n’a pas commis, ça le fâche à Joe. Il lui faut donc chercher le coupable, ce qui lui sera plus facile que pour la police puisqu’il sait qu’il est le Boucher de Christchurch et que l’autre n’est qu’un pâle imitateur. Il va donc changer un peu sa routine habituelle, enquêter, tuer un peu plus, fouiller encore et bien sûr s’occuper de sa maman.

Et puis il y a Sally aussi. La gentille Sally qui aime bien Joe-le-lent et qui veut l’aider dans la vie mais qui va peut-être l’approcher d’un peu trop près.

Je dois admettre que j’ai trouvé le premier chapitre génial. Joe rentre du travail, il se gare, rentre chez lui, va dans la cuisine, bruits de sa copine sous la douche, prends une bière, plaisir d’enlever ses chaussures après le boulot, monte à l’étage. Mais est-ce bien chez lui? Et sa copine? Oups, peut-être pas.

« Je ne suis qu’un type normal. Un Joe moyen. Avec un hobby. Je ne suis pas un psychopathe. Je n’entends pas de voix. Je ne tue pas pour Dieu ou Satan, ou le chien du voisin. Je ne suis même pas religieux. Je tue pour moi. C’est aussi simple que ça. J’aime les femmes et j’aime leur faire des choses qu’elles ne veulent pas me laisser faire. Il doit y avoir 2 ou 3 milliards de femmes sur cette terre. En tuer une par mois, c’est pas grand chose. C’est juste une question de perspective. »

Le ton est donné, Joe se raconte, on vit ses meurtres en même temps que lui. Il est cynique, sombre, manipulateur et même si je ne suis pas psy, je pense pouvoir diagnostiquer une certaine psychopathie, même s’il le dément. Un grand malade qui tue à tour de bras mais se lamente d’avoir tuer un petit chat. Sur un ton complètement anodin, il dit le plaisir de tuer et la sensation de pouvoir que cela donne. Cela fait froid dans le dos du lecteur et cela change de la chaleur néo-zélandaise.

Et puis il y a le récit de Sally aussi qui ne voit en Joe que l’abruti qu’il joue au travail et souhaite s’occuper de lui parce qu’elle est comme cela, Sally, elle aime les gens. Sauf que ce n’est peut-être pas le bon gars à aider.

L’intrigue est très bien menée malgré quelques (légères) longueurs. Paul Cleave donne un ton parfait à Joe tout en distillant des indices sur sa vie qui nous font percevoir l’autre côté de sa personnalité, celle qu’il ne comprend peut-être pas et dont il se cache tout. Tout ce qui a fait de lui Joe, quoi. Si je devais faire une critique, je dirais que peut-être l’enquête qu’il mène lui est un peu facile, ses déductions tombant toujours justes. Mais ce n’est pas vraiment ça l’importance de ce récit, mais plutôt les rencontres qu’il fait et qui vont être dévastatrices, sa manière de tirer son épingle du jeu, de se prendre pour Dieu, jusqu’à ce que…

Il y a l’histoire au premier degré qui nous embarque dans un suspense bien tenu. Il y a le deuxième degré, qui nous fait nous plonger dans la psyché de Joe et tous les suivants qui nous font nous demander ce qui arriverait si tous les hommes se prenaient pour Dieu, juste parce que ça les tente. Espérons que le Joe moyen n’est pas si courant.

Décidément, la rentrée s’annonce bonne.

Paul Cleave, Un employé modèle, Sonatine, 2010 (The Cleaner, 2006) traduit de l’anglais (Nouvelle-Zélande) par Benjamin Legrand.

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7 commentaires sur “Average Joe”

  1. Liceal Says:

    You’re back!! 🙂


  2. Heureux, que dis-je ?, ravi de te savoir de retour. Effectivement, un très bon bouquin sur lequel nous avons le même avis. Il se lit avec beaucoup de plaisir, et j’ai adoré son cynisme. Limite parfois … mais pour un premier bouquin, c’est assez impressionnant.

    • Morgane Says:

      Merci beaucoup.
      Le limite est parfois tellement bon 🙂 je suis curieuse de lire son deuxième pour voir s’il garde ce cynisme et ce ton. Si oui, ça promet!

  3. Richard Says:

    Entièrement en accord avec ton analyse. Cleave démontre tout un talent dans ce premier roman.
    En espérant que le deuxième réponde aux espoirs créés par ce roman.
    Merci Morgane.
    Et bien content que tu sois de retour.
    Ta plume me manquait !!!

  4. christophe Says:

    J’ai quand même une sacrée réserve sur le roman, si les 200 premières pages sont excellentes, il y a quand même un grand changement à ce moment là (je n’en dis pas plus pour ceux qui ne l’auraient pas lu) qui non seulement arrive comme un cheveu sur la soupe (mais comment l’a-t-elle trouvé ?) et qui engage le roman sur une voie très classique et nettement moins intéressant…

    • Morgane Says:

      C’est vrai que ça m’a gêné aussi à ce moment-là mais la sensation est vite passée et j’ai rembarqué très vite dans l’histoire. Effectivement, peut-être que cela aurait mérité un léger travail de réécriture de ce côté-là.


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