Un épouvantail efficace

Mes silences assez longs ne sont pas dus à une absence de lecture même si j’avoue que j’ai eu du mal dernièrement à trouver un roman qui m’intéresse. Il y a des moments comme ça où on a envie de se cantonner à lire des revues. En plus, avec l’été, il y en a des spéciales polar! Le goût de lire est revenu rapidement, cela ne dure jamais longtemps, mais la canicule montréalaise m’a enlevée celui de me poser devant mon ordinateur. Le temps se prête plus à se plonger dans un livre au milieu d’un parc ou sous un ventilateur qu’à essayer de réfléchir à ses lectures devant un clavier.

Mais je prends mon courage à deux mains, un grand verre d’eau fraîche, un ventilo pas trop loin et je me concentre, au risque de faire bouillir mes neurones.

Pour être sûre de ne pas être déçue, je me suis décidée pour une valeur sûre. Et donc après James Lee Burke, le petit dernier de Michael Connelly, L’Épouvantail.

On y retrouve le journaliste du Poète, Jack McEvoy. Les temps économiques sont durs pour les médias et l’information sur internet commence à peser lourd sur les journaux papiers. On licencie à tour de bras, même au L.A.Times et Jack McEvoy y passe aussi. On lui donne un sursis de 15 jours et une dernière mission, former sa jeune remplaçante. De quoi rendre particulièrement furieux. Il décide de finir sa carrière journalistique sur un grand article, un pied de nez à ses futurs ex-patrons. Lui tombe dessus une affaire facile, un dealer de 16 ans accusé du meurtre d’une jeune femme et qui a avoué. En fouillant un peu plus, il exhume d’autres affaires similaires. Et si le jeune n’était pas coupable? S’il y avait d’autres victimes et d’autres accusés à tort. Il va alors chercher l’aide de l’agente du FBI, Rachel Walling, qu’il n’a pas revu depuis des années. En commençant à enquêter, il va aussi prévenir de ses soupçons le psychopathe qui se cache derrière tout ça.

L’intrigue peut bien sûr beaucoup faire penser au Poète, cette idée d’un tueur en série qui agit dans l’ombre depuis des années jusqu’à ce que McEvoy le découvre et le dérange. Cela pèse un peu sur l’impression de lecture car le Poète est à mon avis un des meilleurs Connelly. Mais d’autres auteurs s’y sont essayés aussi et finalement quand c’est bien fait, on y prend toujours autant plaisir. L’action qui s’installe et le suspense rajoutent bien sûr à notre envie de dévorer pour savoir la fin le plus rapidement possible. On déguste en se dépêchant.

Michael Connelly nous donne en outre un aperçu des difficultés actuelles que vivent les journaux et de la problématique que pose Internet. C’est peut-être parfois un peu manichéen, comme l’opposition entre Jack, vieille école et papier-crayon, et sa remplaçante, Internet et blog. On sent bien que la vieille méthode va finir par triompher et c’est dommage, car l’un n’efface pas forcément l’autre, au contraire. On peut mieux informer, plus vite et garder son professionnalisme journalistique. Mais c’est tout de même un questionnement actuel et nombreux sont les journaux qui prennent des mesures et s’essayent à d’autres formules. Connelly joue sur la corde sensible de la protection des données informatiques, là aussi de façon un peu noir/blanc à mon avis mais il touche tout de même un point des réflexions actuelles sur le sujet.

Mais ce qui fait qu’on aime ce polar, c’est Jack McEvoy, toujours aussi buté et en quête du scoop parfait. Si en plus cela signifie le retour de sa relation avec Rachel Walling, le lecteur habitué est comblé. Un Michael Connelly que je retrouve avec plaisir puisque ses derniers m’avaient un peu déçus. Ce n’est pas une révolution du genre mais tout y est que ce soit l’intrigue ou bien le style. Un professionnel du polar au travail, sans en douter.

Michael Connelly, L’épouvantail, Seuil, 2010 (The Scarecrow, 2009) traduit de l’anglais (américain) par Robert Pépin.

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8 commentaires sur “Un épouvantail efficace”

  1. Nancy Says:

    Effectivement, on passe un bon moment. Pour ma part, j’appércie particulièrement les enquêtes de Harry Bosch. Pour bientôt peut-être??…

    • Morgane Says:

      J’ai bien l’impression qu’il y a en a eu des récents en anglais. Pour bientôt en français peut-être. Par contre, cela ne sera probablement pas au Seuil puisque son éditeur et traducteur Robert Pépin est parti chez Calmann Levy. À surveiller.

      • Éric Forbes Says:

        L’été c’est la saison des polars et, plus particulièrement, des mauvais polars. Sur les 12 derniers que j’ai essayé de lire, 8 me sont tombés des mains. Les autres, corrects, sans plus. Alors vaut mieux, comme tu l’as fait, se diriger vers les valeurs sûrs. Comme un Westlake qui, ô hasard, vient tout juste de sortir !

      • Morgane Says:

        Oui, oui, j’ai vu celui-là. Ce sera un été américain!

  2. David Mourey Says:

    Ouah, ce livre à l’air vraiment très attrayant.
    Merci pour ce post.
    Votre blog est vraiment très intéressant et très utile pour moi qui suit nouveau dans ce domaine, je suis plutôt spécialisé en économie …
    Je peux découvrir beaucoup ici.
    Bravo à vous et merci pour ces informations, incitations …
    David
    http://www.plaisirparlalecture.com/
    http://www.davidmourey.com/

  3. Richard Says:

    En effet, un bon Connelly ! On est certain de l’aimer, c’est rassurant mais de temps en temps, on aimerait être surpris …
    Merci Morgane !

  4. David Mourey Says:

    Et dire que j’ai failli l’acheter ce matin … J’aurai du le note sur un psot-it … C’est fait.

  5. Dialog Says:

    L’épouvantail est un des cinq polars que je place sur mon podium à cinq marches pour l’été 2010. Les quatre autres étant Citoyens clandestins de DOA, 13 heures de Deon Meyer, Keller en cavale de Lawrence Block et Le camp des morts de Craig Johnson.

    Dans quel ordre ? je crois que je donnerais la palme d’or à Block pour son humour noir et subtil, pour son amoralité avouée, pour son happy end plein d’ironie anti-bourgeoise, pour les rythmes variés de la cavale de son anti-héros dont l’humanité profonde contraste avec sa psychopathie foncière.


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