L’Afrique du Sud sans le foot

Benny Griessel est sobre depuis cent cinquante six jours. Dans un appart un peu pourri, il attend la fin des six mois de pénitence que lui a imposé Anna, sa femme. Il passe le temps en faisant du vélo, en jouant de la basse qu’il a acheté pour son fils et en écrivant à sa fille partie pour Londres.

5h37, sonnerie de téléphone. Le corps d’une jeune blanche vient d’être retrouvé. Vusi, un jeune inspecteur noir est chargé de l’enquête, Benny n’est là que pour superviser. Très vite on s’aperçoit qu’il s’agit d’une américaine, enquête sensible, donc. Qui devient encore plus brulante quand des vidéos montrent, non pas une mais deux filles en fuite. Où est la deuxième?

7h02, la femme de ménage découvre le corps de Adam Barnard, fondateur d’une grande maison de disque, à côté de sa femme, Alexandra, saoule. Cette fois-ci, c’est un inspecteur métis, Fransman Dekker que Benny doit superviser.

Former la nouvelle génération de la police sud-africaine est une excellente idée mais quand cela signifie deux enquêtes de meurtres hyper-sensibles où chaque heure compte, cela complique largement la tâche à Benny Griessel, surtout avec cette envie perpétuelle d’alcool qui le poursuit. 13 heures de la vie d’un flic en Afrique du Sud, des heures pas banales bien sûr, des heures d’angoisse, de stress intense et d’action immédiate.

Deon Meyer sait faire monter la sauce. Comme dans Le pic du diable, on se promène de personnages en personnages, la pression monte au fur et à mesure du récit. Les indices s’accumulent pour le lecteur mais prennent leur temps pour être réunis, comme dans la vrai vie, quoi. Et les minutes s’écoulent pour l’Américaine.

En parallèle de ces treize heures de course-poursuite et d’enquête éclair, il y a la vie de Benny Griessler, ses espoirs, ses peurs, sa vision de l’avenir. Cela dessine un héros humain et explique l’enquête en cours. Père d’une jeune fille lui-même, il ne peut s’empêcher de se sentir complètement impliqué dans la recherche de la jeune américaine. Il lui faut en même temps jouer de diplomatie pour être efficace sans froisser les inspecteurs placés sous son aile.

En ces temps de coupe du monde où tous les regards sont braqués sur l’Afrique du Sud, Deon Meyer arrive encore une fois à nous la décrire parfaitement dans ses forces et ses faiblesses. On sent la volonté d’intégrer plus de noirs et de métis dans toutes les couches de la société et on perçoit en même temps la difficulté d’y parvenir. Entre les blancs qui souffrent de la discrimination positive, les noirs qui s’opposent entre différentes ethnies et les métis qui se sentent exclus de tout cela, l’équilibre est difficile à trouver et l’auteur l’évoque assez subtilement pour qu’on le ressente sans lourdeur.

Fidèle à ce que j’avais ressenti dans ses précédents romans, Deon Meyer maitrise parfaitement le genre dans la lignée de Connelly, un polar efficace au suspense maîtrisé. Ce n’est pas un livre qui m’aura bouleversé comme d’autres l’ont fait mais on s’attache définitivement à Benny Griessler et il n’y a rien à redire du style. Le rythme est là, toujours présent et impose au lecteur, qui ne s’en plaint pas, une lecture haletante. Une excellente copie donc, à mettre sur la liste des vacances.

Deon Meyer, 13 heures, Seuil, 2010 (13 UUR, 2010) traduit de l’anglais (Afrique du Sud) par Estelle Roudet.

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6 commentaires sur “L’Afrique du Sud sans le foot”

  1. Éric Says:

    Ah! que voilà un polar comme je les aime !

  2. Richard Says:

    Depuis quelques années, j’ai délaissé Deon Meyer; et je n,ai aucune idée pourquoi !
    Je devrai m’y remettre, ton commentaire m’a rappelé de très bons moments de lecture.
    C’est bizarre quelque fois, notre comportement de lecteurs !
    Merci Morgane


  3. Retrouvez l’interview vidéo de Deon Meyer réalisée par les éditions Points sur dailymotion: http://www.dailymotion.com/video/xdsusz_rencontre-avec-deon-meyer_creation

  4. Dialog Says:

    13 heures est sur le podium à cinq marches de mes polars de l’été, les quatre autres étant Keller en cavale de Lawrence Block, Le camp des morts de Craig Johnson, le dernier Connely et Citoyens clandestins de DOA.


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