Disparitions

Une femme est retrouvé pendue dans son chalet d’été près du lac de Thingvellir. Rien ne semble suspect, la police conclut donc au suicide. Mais cela ne suffit pas à Erlendur pour classer l’affaire. Il lui faut comprendre pourquoi cette femme a mis fin à ses jours. Les temps sont calmes à Reykjavik, il va donc pouvoir enquêter à l’insu de tous. Maria avait perdu sa mère deux ans plus tôt, elle était fascinée par l’idée de vie après la mort et avait même été jusqu’à consulter un médium. Cela peut-il expliquer son suicide ou bien y a-t-elle été poussée? Et qu’y avait-il dans son passé qui la hantait autant?

Erlendur est également tourmenté par deux affaires non résolues datant de plusieurs décennies, un jeune homme qui n’est jamais rentré chez lui un soir et une étudiante qui a disparu avec sa voiture. Il aimerait enfin pouvoir donner une réponse aux familles qui vieillissent et ne se remettent jamais tout à fait.

Les disparitions fascinent toujours autant Erlendur, qu’elles soient mystérieuses ou définitives. Il ne peut s’empêcher de fouiller dans la vie des gens pour comprendre pourquoi on disparaît, pourquoi on se suicide. Et selon lui, les deux sont choses trop courantes en Islande. Encore une fois, Indridason arrive à nous plonger dans la mentalité islandaise sans forcer la note. Ce n’est pas un portrait façon Donna Leon, les paysages sont décrits mais beaucoup moins, c’est une impression, une description plus intérieure. Qui s’explique probablement par le pays dont on parle. Comment vit-on avec une longue nuit d’hiver de plusieurs mois ou encore dans le jour continu de l’été et son soleil de minuit? Comment a évolué une population qui, il n’y a pas si longtemps, vivait encore dans des maisons de tourbe? Et Erlendur en est un exemple, lui qui a perdu son frère dans une tempête. La disparition, toujours et la difficulté du deuil très présente. La vie après la mort, encore là un thème qui colle bien à l’Islande puisque de nombreux islandais croient encore aux elfes et aux revenants. Et c’est ce qui va pousser Maria à chercher des réponses après le décès de sa mère. Des personnages écartés entre modernité et vieilles croyances.

Indridason amène son récit avec toujours autant de talent. Il se fait aussi plus léger que dans les enquêtes précédentes, ce qui n’est pas fait pour me déplaire, les liens avec ses enfants se retissent, sa fille s’éloigne de la drogue. Ce n’est pas encore idyllique, heureusement sinon ce ne serait plus crédible, mais c’est moins noir et cela permet de plus se concentrer sur les enquêtes. La résolution des disparitions est peut-être un petit peu facile, trop de coïncidences. Ce n’est pas à mon avis son meilleur roman mais bon, pas de quoi bouder son plaisir tout de même.

Mais ce qui nous amène le plus loin, ce sont les noms, Thingvellir, Eskifjördur ou encore Harđskafi, ils nous parlent d’un ailleurs, d’une contrée lointaine. Où l’on retrouve finalement les mêmes faiblesses humaines que chez nous.

Arnaldur Indridason, Hypothermie, Éditions Métailié, 2010 (Harđskafi, 2008) traduit de l’islandais par Éric Boury.

J’ai eu un petit plaisir supplémentaire par rapport à la lecture des romans précédents, puisqu’après mon voyage là-bas l’été dernier, je visualisais les lieux dont il me parlait. Au-delà de l’histoire, cela a aussi été un voyage à travers ma mémoire. J’y étais, j’étais là! Une petite fierté. Et donc, en photo le lac de Thingvellir comme dans mes souvenirs.

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8 commentaires sur “Disparitions”

  1. callophrys Says:

    ce livre là me tente bien.ces disparitions jamais elucidees ,ces relations difficiles avec ses enfants mais qui semblent s’apaiser un peu..
    ta critique donne envie.Merci

  2. dasola Says:

    Bonjour, j’ai moi aussi beaucoup aimé ce 6ème roman paru d’Indridason. L’histoire m’a plu (je suis en train de terminer de rédiger un billet). Sinon, quelle chance d’avoir visité l’Islande. C’est un pays où j’aimerais aller. Bonne soirée.

    • Morgane Says:

      C’est un voyage à faire, surtout avant que cela ne devienne trop touristique. On se sent en lien direct avec la nature brute et on ressent tout à fait cela dans les livres d’Indridason.

  3. Richard Says:

    Et voilà, pour une fois, Morgane, je n’achèterai pas un livre que tu nous recommande …
    Tu sais bien que je l’ai déjà et qu’il est quelque part très haut dans ma pile à lire …
    Présentement, je lis peu et écris encore moins, je prépare une chronique sur Dominique Sylvain … pour souligner sa venue à Montréal …
    Je t’en reparle.
    Bonne journée Morgane


  4. Salut Morgane, cela faisait un bout de temps que je ne t’avais pas laissé de commentaires, mais j’ai été un peu étouffé par ma soif de livres. Je suis un peu mitigé avec ton article, j’ai adoré ce livre. J’ai trouvé qu’Indridason relançait cette série, par sa profondeur psychologique. Erlendur, qui nous est très sympathique, lutte contre ces croyances tout en voulant y croire pour retrouver son frère. Il est tiraillé entre son travail, son esprit cartésien, et son désir ou sa volonté de croire à l’au-delà. Un roman à part, très profond et psychologiquement passionnant. Il dépasse les limites du roman policier ou du roman noir. Et puis, Indridason aime ses personnages. Sinon, j’ai adoré ton article, très argumenté.

    • Morgane Says:

      Bonjour Pierre, contente de te retrouver. Disons que j’avais préféré La femme en vert que je trouvais plus profond, plus fouillé. Mais bon, mon bémol est léger, cela reste tout de même de l’excellent polar. J’ai effectivement aimé cette réflexion sur les croyances, cette attirance-rejet qui se joue.


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