Texas profond

Ben, ils sont où Hap Collins et Leonard Pine? Je m’attendais à les trouver, et non. Grosse déception qui a duré à peu prêt deux pages. En fait, jusqu’à ce que Sunset foute une balle dans la tête de son salaud de mari.

« Quand elle pressa la détente, la détonation fut si forte qu’elle eut l’impression d’être propulsée jusqu’au ciel par l’ange Gabriel en personne sauf que ce fut Pete qui y monta. Ou, en tout cas, qui s’en alla. »

Ah, les phrases de Lansdale, on savoure. Tant pis si nos deux héros ne sont pas là, Sunset aussi a de la gueule.

Elle commence donc le roman par buter son mari. Il faut dire qu’il l’avait mérité: il la trompait (ça encore, ça se gère) mais il la battait et allait la violer à nouveau. Comme il était aussi constable (un genre de shérif), pas vraiment moyen de se défendre, à part en lui piquant son flingue et en s’en servant. Le tout pendant un cyclone, histoire de rajouter à l’ambiance. En retournant dans la petite ville créée autour de la scierie, elle pense se retrouver face à de gros ennuis. Ce ne sera pas ceux qu’elle attend. Sous la pression de sa belle-mère, on la nomme constable à la place de Pete. Le destin a de ses tours!

Lorsqu’on découvre le corps d’une femme enterrée dans un champ, elle décide de prendre son métier au sérieux et d’enquêter correctement. Sauf qu’être une femme constable au Texas en pleine dépression n’est pas du gâteau, surtout quand on a la réputation d’aimer les noirs et d’être cinglée. Mais elle tient à son indépendance nouvellement acquise et elle va tout faire pour la garder.

On retrouve avec toujours autant de plaisir le style inimitable de Lansdale. Ça se bat, ça se castagne et il y a de l’ambiance. Et puis Sunset a un sacré caractère, pas du genre à se laisser faire, la rousse! Il y a aussi ce petit plus qui me fait placer ce roman entre la série Hap Collins et Leonard Pine, plus basée sur l’humour, et ses autres livres plus noirs, La ligne noire ou Les marécages. La violence est moins jouissive et la réflexion un peu plus présente. Lansdale en profite pour nous montrer la difficulté d’être noir en 1930, pas vraiment de procès et lynchages courants, ou encore celle d’être une femme, la notion de violence conjugale n’ayant pas vraiment encore été inventée.

Et c’est pour cela que le petit groupe autour duquel tourne le roman nous est aussi sympathique: Sunset en femme volontaire, sa belle-mère, qui ne peut la détester d’avoir tuer son fils car elle comprend ce qu’elle a vécu, sa fille, qui doit voir en elle la meurtrière de son père. Et les deux adjoints, Hillbilly le beau parleur qui va retourner la situation, et Clyde amoureux perdu de Sunset prêt à foutre le feu à sa maison parce qu’elle est trop bordélique.

Pas de happy end vraiment, cela aurait semblé trop artificiel, pas de défaitisme non plus. Il y aura des victimes comme dans la vraie vie, c’est moche mais c’est comme ça. C’est le combat d’une femme pour avoir un peu de respect et d’indépendance à une époque où cela n’était pas si évident, le tout raconté avec toute la verve et l’humour de Lansdale. Ça ne se refuse pas.

Joe R. Lansdale, Du sang dans la sciure, Éditions du Rocher, 2008 (Sunset and Sawdust, 2003) traduit de l’anglais (US) par Bernard Blanc.

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6 commentaires sur “Texas profond”

  1. callophrys Says:

    je crois que je ne vais pas le refuser…
    merci!

  2. Richard Says:

    Bonjour Morgane,
    En effet, Lansdale, quel que soit le livre, nous offre toujours de très bons moments de lecture !!!

  3. jeanjean Says:

    Comme tu dis, « ça ne se refuse pas » !
    Son dernier publié en France, « Vierge de cuir », se déroule dans le même bled, quelques dizaines d’années plus tard, et on fait connaissance avec le petit-fils de Sunset. L’histoire n’a rien à voir et c’est juste un clin d’oeil, mais c’est sympa…

    • Morgane Says:

      Tentant! Je l’avais vu passer sans me le procurer. je vais sûrement le faire maintenant.


  4. Il faut tirer son chapeau à Bernard Blanc, qui sait rendre avec un talent rare la langue de Lansdale. On aimerait bien que tous les traducteurs soient de ce niveau là. Maintenant, tous les auteurs traduits ne sont pas, hélas !, de ce niveau non plus.

    • Morgane Says:

      Tout à fait d’accord. Surtout qu’il ne doit réellement pas être simple de rendre toute la verve de Lansdale en restant proche du texte et en touchant un lectorat étranger. Et en plus ces temps-ci, je suis tombée sur quelques traductions particulièrement ratées (genre utilisation d’argot typiquement français ou explications trop longues sorties du contexte), il est donc d’autant plus important de les signaler lorsqu’elles sont excellentes.


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