Back in USSR

1956: Staline vient de mourir, l’Union Soviétique est en train d’évoluer. Leo Demidov aussi a beaucoup changé. Dans Enfant 44, il avait remis en cause toutes ses croyances et renié ses actions d’agent du MGB, la police secrète. Il dirige aujourd’hui la brigade des homicides, groupe tenu secret puisque dans la Russie communiste, le meurtre n’existe pas. Il espère qu’un jour le nombre de coupables qu’il a arrêtés sera plus important que celui des innocents qu’il a sacrifiés. Avec sa femme, il a adopté deux soeurs, Elena, sept ans et Zoya, quatorze ans. Leur foyer n’est pourtant pas un havre de paix car Zoya en veut à Leo du rôle qu’il a joué dans la mort de ses véritables parents. Elle rêve de se venger et attend son jour.

Tout va se précipiter avec l’apparent suicide d’anciens membres du MGB. Il semblerait que Zoya ne soit pas la seule à vouloir punir Leo pour son passé et quoi de mieux qu’attaquer les siens pour le blesser le plus profondément. Afin de sauver Zoya et son précaire équilibre familial, Demidov va devoir se rendre jusqu’au goulag 57 à Kolyma, dans le nord-est de la Sibérie, l’un des pires de l’ère stalinienne.

Je ne dirai rien de plus sur l’histoire pour ne pas trop en dévoiler. Tom Rob Smith nous amène cette fois-ci encore dans le sombre passé de la Russie. Manipulations, dénonciations, tous sont gouvernés par la peur. Policiers et même parfois terroristes peuvent être dirigés sans le savoir par le pouvoir.

J’avais aimé Enfant 44 mais Kolyma nous fait sentir un auteur qui se perfectionne. Le récit est à mon avis plus subtil que le précédent, tombant moins dans la facilité pour sa résolution. Rien n’est simple à cette époque et on le ressent parfaitement. Dénoncer son voisin de peur d’être dénoncer soi-même, cacher le plus de choses possibles à la police car tout peut se retourner contre soi fait partie du quotidien. Tom Rob Smith nous décrit une société pétrifiée qui n’arrive pas à saisir les changements qui se profilent.

On lit le récit d’une partie sombre de l’histoire mais surtout on va jusqu’au fond de l’âme humaine. Jusqu’où peuvent nous amener l’amour, la haine et l’esprit de vengeance, voilà les questions qui sont posées. Chacun des personnages: Leo, sa femme Raïssa, leur fille Zoya ou encore Fraera, l’ennemie jurée de Leo, chacun y répondra à sa manière.

C’est, à mon avis, une des forces de ce roman car chacune des réponses est crédible et profondément humaine. On comprend comment la répression peut enlever tout espoir à l’homme ou au contraire le pousser dans ses retranchements. Le récit se tient bien également. De Moscou à Kolyma puis à Budapest pour assister à l’insurrection, Tom Rob Smith nous promène dans l’Histoire. Une lecture très noire pour notre plus grand plaisir.

Tom Rob Smith, Kolyma, Belfond, 2010 (The Secret Speech, 2009) traduit de l’anglais par France Camus-Pichon.

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6 commentaires sur “Back in USSR”

  1. Richard Says:

    « Back in USSR »
    « Surfin’ USA »

    Les prochains …

    « Dont cry for me Argentina »
    « Viva Espana »
    « Ô Canada »

    😉

    « Enfant 44 » est dans ma pile à lire ( d’une hauteur approximative de 34 mètres ); « Kolyma » fera sûrement partie de mes futures lectures … !!!!

  2. jeanjean Says:

    Tiens, c’est rigolo, j’ai utilisé le même titre pour un autre polar russe qui vient de sortir, chez Moisson Rouge.
    Sinon, ça fait plusieurs fois que je lis du bien de cet auteur, il faudra que je m’y mette.
    @+

  3. callophrys Says:

    j’en suis à la moitie d’enfant 44! et je me regale! mais j’avoue avoir arrete pour lire un Coben ,moins noir ..mais je vais le reprendre car c’est un roman policier certes mais qui nous emmene bien plus loin que ça…je lirai sa suite egalement c’est prevu!

  4. Dialog Says:

    Malheureusement, Morgane, je suis en complet désaccord avec toi. Kolima n’est pas un polar. Ni du noir. Autant Enfant 44 m’a fasciné, autant Kolima m’a déçu.

    Quel est le genre littéraire de Kolima ? Je n’en donnerai pas le nom; seulement la définition telle que donnée par le Petit Larousse et le Petit Robert.

     » Drame populaire où sont accumulées des situations pathétiques et des coups de théâtre.  » (Larousse)

    Pathétique : qui touche profondément, qui suscite une vive émotion par son caractère douloureux ou dramatique. (Larousse)

     » Drame populaire que caractérisent l’invraisemblance de l’intrigue et des situations, la multiplicité des épisodes violents, l’outrance des caractères et du ton.  » (Robert)

    Les péripéties, les rebondissements, les retournements de situations foisonnent dans Kalima. À mon avis c’est plus un récit d’aventures qu’un polar.

    De plus, les protagonistes sont typés à outrance avec dénominateur presque commun à tous un mal de vivre immense et « langui-sanguinolent ».

    Enfin, plutôt que de lire la mouvance intérieure de chaque personnage au travers du récit, au travers de leurs gestes et comportements, au travers des dialogues, j’avais l’impression tout le long des chapitres qu’une voix off m’expliquait (comme dans un aparté ou en notes de bas de page) de façon didactique didactique les motivations des protagonistes à chacun de leurs choix, chacune de leur décision, à chaque revirement de situation, à chaque changement d’état d’âme.

    • Morgane Says:

      J’avoue avoir toujours de la difficulté à caser un roman dans un genre littéraire: polar, noir, aventure, les auteurs actuellement se jouent des genres volontairement. Donc finalement, peut-être que Kolyma n’est pas un polar pur mais le récit d’aventure n’en est pas si éloigné. Et dans les études sur le roman policier, on dit souvent qu’il a succédé au roman d’aventure dans la littérature populaire. Je comprends vos réticences mais je ne crois pas que Kolyma soit un roman psychologique, dans le sens où l’action prend effectivement beaucoup d’espace. Ce qui, à mon avis, n’empêche pas de parler de comportements ou de relations humaines, il s’agit juste d’un rythme différent.


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