Ces zones d’ombre

Encore une réussite aux éditions Sonatine avec ce roman qui va laisser un recoin de ma mémoire hanté par cette lecture.

3 janvier 1985, un drame d’une violence extrême se joue dans une ferme familiale. Patty, la mère, et deux de ses filles, Debby et Michelle, sont assassinées. Seuls rescapés: Libby, 7 ans, qui a réussi à s’enfuir et le frère aîné, Ben, qu’elle va désigner comme le tueur.

Vingt-cinq ans plus tard, Ben est toujours en prison condamné à perpétuité. Libby vivote, en dépression chronique, incapable de se fondre dans la société. Elle vit sur l’argent accumulé au cours des années par des âmes compatissantes. Mais les tragédies, il y en a d’autres et l’argent arrive à sa fin. Elle doit trouver un moyen de s’en sortir et travailler lui paraît au-dessus de ses forces. Lorsqu’un groupe passionné par les meurtres de sa famille la contacte et lui offre de l’argent pour parler à tous les protagonistes de l’affaire, l’intérêt financier l’emporte sur la peur et elle accepte.

Ses rencontres vont la faire repartir dans les lieux sombres de sa mémoire et elle va ressentir le besoin de faire la lumière sur ce qui s’est passé réellement cette nuit-là, trouver la vérité pour trouver un semblant de paix et se dédouaner de la responsabilité d’avoir mis son frère en prison.

Gillian Flynn a trouvé le rythme idéal pour nous transporter dans le monde de Libby. Les chapitres alternent entre ses recherches et le récit de la journée qui précède les meurtres. En même temps qu’elle, on comprend le cours des choses. Son ton, froid et ironique pour cacher sa peur, l’image négative qu’elle a d’elle-même, sa vision sans concession de ses défauts la rendent humaine et, quelque part, attachante.

C’est un texte très noir sur de nombreux aspects: la pauvreté des agriculteurs du Middle West, la difficulté pour une mère célibataire d’élever convenablement ses quatre enfants, la méchanceté des bien-pensants. Les personnages sont complexes, en particulier celui de Ben, en crise d’adolescence, à la recherche d’une identité et d’une figure paternelle, faible dans ses choix, emplie d’une violence rentrée, ce qui va le conduire à sa perte. C’est aussi le portrait d’une société terrifiée par sa jeunesse sans espoir et voyant du satanisme partout, celui de parents paniqués par l’idée des sévices sexuels sur leurs enfants et prêts à tout croire dans ce sens jusqu’au point de crucifier un homme sans preuve.

Cette complexité fait la force de ce roman. Ici, pas de manichéisme, juste des faiblesses humaines. Pas de simplicité dans l’action non plus mais un enchevêtrement d’événements sans lien qui se terminent dans un bain de sang. Gillian Flynn nous entraîne dans un récit où tous survivent en essayant de faire de leur mieux. Une lecture sombre et passionnante.

Gillian Flynn, Les Lieux sombres, Sonatine, 2010 (Dark Places, 2009) traduit de l’anglais par Héloïse Esquié.

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7 commentaires sur “Ces zones d’ombre”

  1. jeanjean Says:

    T’es drôlement en avance, dis-moi ! Le racolage passif des 4èmes de couv. m’agace toujours un peu chez Sonatine, d’un autre côté ton billet donne envie, et Patrick Raynal m’avait aussi dit du bien de ce livre. Je l’ai reçu aujourd’hui et le lirai bientôt, en espérant « une lecture sombre et passionnante ». @+

  2. christophe Says:

    Et oui, SUPERBE, MEILLEUR QUE, FLUS FORT QUE… ils nous fatiguent chez Sonatines et ce roman-ci n’est pas le chef d’oeuvre tant vanté mais reste un excellent livre (pour ne pas me répéter, il est chroniqué sur le site de la boutique)

    • Morgane Says:

      Tout à fait d’accord sur les 4èmes un peu intenses. Malheureusement ils ne sont pas les seuls. Dans le même genre, chez d’autres, les bandeaux insupportables! Mais j’essaie de passer outre et de ne pas provoquer d’attente particulière. Dans le cas de Gillian Flynn, ça marche.

  3. Éric Says:

    Ça sent le SP à plein nez! On va donc attendre le Glynn… Parlant de SP, j’ai lu Starvation Lake de Brian Gruley chez Cherche-midi. Excellent roman qui pour une fois est à la hauteur des commentaires dythirambiques ornant la couverture. Et en plus il traite de hockey avec une traduction compréhensible, le traducteur n’y ayant pas introduit un ballon comme souvent on le voit dans certains bouquins!. (Un libraire amateur de hockey ET de polars, ça doit être plutôt rare, non !)

    • Morgane Says:

      Et oui, merci Sonatine qui envoie des exemplaires en avance aux libraires québécois. Mais j’avoue que je ne l’aurai pas lu aussi vite si Christophe n’en avait pas dit beaucoup de bien. Donc merci Christophe aussi. J’ai aussi lu le Starvation Lake mais je suis moins enthousiaste. Très bien fait, intrigue qui se tient, j’ai aimé les personnages mais… je suis une fille et française de surcroit, le hockey, j’y comprend que dalle. D’ailleurs t’es sûr qu’il y a pas de ballon, au fait ?:-) donc un peu moins d’intérêt pour moi. Je me lance à la recherche d’autres libraires amateurs de polar et de hockey pour voir. Pour l’instant, j’ai un libraire littérature québécoise et hockey (pas très original) et plusieurs Sciences humaines et hockey. Je continue ma quête.

  4. Paul Arre Says:

    Bonsoir Morgane,

    je ne connaissais pas Gillian Flynn, je dois dire qu’elle m’a scotché au fauteuil avec ce roman. Profondeur, suspense, tout y est.

    Et ce n’est que son 2e bouquin. Ça promet.

    • Morgane Says:

      Tout à fait d’accord. Je n’ai d’ailleurs pas encore lu le premier, je crois que cela va s’imposer.


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