Une lecture au paradis

Il était temps que je me remette de la fatigue des fêtes et que je me plonge enfin dans quelque chose de bon. Il y a des périodes comme ça où on a envie de rien, où les bons livres nous tombent des mains parce que le cerveau ne suit plus. Ce temps est enfin révolu, les grandes résolutions sont prises, on se remet en piste. Un pied au paradis m’emmène clairement dans la bonne direction et est une excellente surprise même si la lecture de certains blogs m’avait déjà mise sur la voie.

Le shérif Alexander est appelé par la mère de Holland Winchester. Son fils a disparu et elle est sûre qu’il est mort, presque sûre aussi que c’est le voisin qui l’a tué parce qu’il voyait un peu trop la femme de ce dernier. Sauf que, pas de corps, pas de crime. Et la vie reprend son cours à Oconee dans les Appalaches, où la vallée va bientôt être recouverte par un lac avec la construction d’un grand barrage.

Voilà, pas d’énigmes complexes, d’indices cachés, de bagarres sanglantes et autres courses poursuites, pas de grande tension psychologique non plus. Rien que cette disparition.

L’originalité de ce livre? C’est que Ron Rash nous fait le récit de ce drame (car s’en est un) à travers cinq voix distinctes: le shérif d’abord puis la femme du voisin, le voisin, leur fils et enfin l’adjoint. Toujours au « je », le plus proche possible du personnage, la narration passe de main en main, ou plutôt de tête en tête, revenant au départ pour nous donner l’histoire complète, tous ses tenants et ses aboutissants.

Cela donne un un très beau roman, proche de l’humain car jamais on ne juge, au contraire, on comprend les gestes posés par chacun et comment tout cela assemblé ne pouvait mener qu’à l’issue que l’on découvre.

Ron Rash nous parle aussi de la vie des agriculteurs dans les Appalaches des années 50, les maigres récoltes, la difficulté du travail, la facilité avec laquelle on les expulse de leur terre. On voit aussi la situation inverse de ceux qui ont décidé de partir et à qui on ne pardonne pas d’avoir quitté la ferme familiale. Tous réunis autour de la disparition d’un homme.

Ce fut un grand plaisir de lecture tel que j’en avais envie depuis longtemps et qui je l’espère n’est que le début d’une série. Fini le temps des lectures maigres.

Ron Rash, Un pied au paradis, Éditions du Masque, 2009 (One Foot in Eden, 2002) traduit de l’anglais par Isabelle Reinahrez.

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5 commentaires sur “Une lecture au paradis”

  1. Richard Says:

    Bonjour Morgane,
    C’est un plaisir de te retrouver !!!

  2. jeanjean Says:

    beau roman en effet, même si ce n’est tout de même pas du niveau des grands auteurs américains du Sud, comme j’ai pu le lire ici ou là. @+

    • Morgane Says:

      Ah les comparaisons peuvent parfois être dangereuses 🙂 Mais je suis d’accord, c’est une lecture qui m’a beaucoup plu rien à redire mais j’ai ressenti plus d’émotions avec d’autres auteurs.

      • Éric Says:

        J’ai essayé de le lire et… bof. La traduction m’a prodigieusement agaçée.

  3. cynic63 Says:

    C’est un bon roman en effet. Mais ce n’est pas le chef d’oeuvre annoncé ici ou là. Cependant, ça tient la route et les personnages sont touchants. Donc: Bien + mais pas Très Bien


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