Rien ne sert de courir…

Il y a les livres que l’on choisit et il y a les autres, les surprises qui nous arrivent par hasard, parfois pour notre plus grand plaisir. Ça a été le cas pour À bout de course ! qui a atterri un matin dans ma boite aux lettres (merci 813 et Rivages). J’avais de la lecture en retard, il a donc attendu quelques temps dans ma bibliothèque.

C’était ma première lecture de Richard Stark même si j’avais déjà lu du Donald Westlake avec sa série de Dortmunder. Il a beau s’agir du même auteur sous plusieurs noms de plume, les genres sont différents, une toute nouvelle expérience.

Parker le truand a besoin de travailler, il cherche donc un coup. Il retrouve six hommes à Cincinnati pour le détournement d’un stock d’or mais la rencontre débute mal, l’un d’entre eux a un micro. Il lui faut donc repartir bredouille. Quelques jours plus tard, Nick, le seul homme de la réunion qu’il connaissait, le recontacte pour une autre affaire. Le plan est simple, un coup facile: dans le fin fond du Massachusetts, une banque déménage, il s’agit d’attaquer le fourgon transportant l’argent.

Mais la vie n’est jamais aussi arrangeante, il y a toujours des impondérables, surtout dans la carrière de braqueurs. En vrac: le gars qui les a mis sur l’histoire n’est pas aussi calme qu’il le paraît, « l’inside woman » le fait en grande partie par vengeance, trop de monde est au courant et la réunion de Cincinnati est en train de les rattraper. Ça s’engage très très mal.

J’aime le ton froid et détaché de Stark. Parker est un artisan qui, comme beaucoup, essaye de survivre dans un monde de grosses entreprises et de multinationales. Il aime le travail bien fait, sans charge émotionnelle et sans surprise. Le fait qu’il soit un malfaiteur et qu’il faille parfois tuer pour se protéger ne changent rien, ce sont les risques du métier.

L’écriture est efficace, sans fioriture, tout se passe dans l’action. Les personnages sont froids et leur psychologies quasiment inexistantes. Et c’est exactement pour ça que c’est bon. Si on voulait de grandes émotions, on lirait autre chose. À bout de course, c’est montage de plan, exécution et comment on sauve les meubles.

Comme le dit le titre en anglais « nobody runs forever » et Donald Westlake nous a quitté il y a presque un an, le 31 décembre 2008. Espérons qu’il a laissé quelques textes signés Richard Stark.

Richard Stark, À bout de course!, Rivages, 2009 (Nobody Runs Forever, 2004) traduit de l’américain par Marie-Caroline Aubert.

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9 commentaires sur “Rien ne sert de courir…”

  1. Éric Says:

    Reste 2 Stark à traduire, sans oublier, chanceuse, la trentaine d’autres publié précédemment !

  2. Jean-Marc Says:

    C’est vrai que Stark fait dans l’efficace. Voici la première phrase d’un des derniers épisodes :
    « Quand le téléphone sonna, Parker était dans le garage, il tuait un homme. »


  3. Je l’ai, et comme d’habitude, il est stocker en attendant que je trouve un peu de temps. Je suis en cours sur Derive sanglante de Tapply, après ça devrait être le tour du dernier Pelecanos, et après, ce sera les vacances, donc le tour de La Religion de Willocks. Cette PAL devrait m’amener gentiment jusqu’au 6 janvier 2010, date de sortie du dernier (en date) de Ellroy. Franchement, la vie du passionné de Noir est trop dure et frustrante !!

  4. Pierre Bondil Says:

    Je regrette, mais pour moi la traduction du livre est vraiment « À bout de course », hâtive, sans rythme, sans remise en cause. Quand vous lisez « la crosse sur le talon de la main gauche » (p.192), que vous trouvez 9 participes présents dans les p.48 et 49, que vous rencontrez des fautes manifestes (sur « back and forth » traduit pas d’avant en arrière p.239) dans « Il sauta sur l’asphalte, regarda par-dessus le toit le fourgon qui approchait, et leva les deux bras en l’air, les agitant d’avant en arrière pour signifier au conducteur de s’arrêter » (il fait du crawl sur asphalte ou quoi ?), et que la liste est loin d’être exhaustive, je ne sais si je dois conclure à un gros coup de fatigue ou à la nécessité d’un retour dans une école de traduction. En tout cas, le styliste qu’est Richard Stark méritait mieux.

    • Morgane Says:

      J’avoue être assez bon public pour les traductions. Cela peut me heurter quand un texte étranger devient trop franco-français mais sinon, je passe assez facilement par dessus. Par contre, avec les exemples que vous donnez, c’est sûr que, comme on dit au Québec, ça fait dur. Mais si votre nom ne me trompe pas, vous avez l’oeil du traducteur, non? N’y aurait-il pas un certain laxisme de ce côté-là ces dernières années? Ainsi que du côté de la correction et révision d’ailleurs, car certaines des fautes que vous pointez auraient dû être vues à la correction.

  5. Pierre Bondil Says:

    Il y a toujours des livres qui passent au travers en raison d’une remise tardive du travail par le traducteur, d’un grand coup de presse chez l’éditeur, d’un trop grand nombre de livres à faire paraître, d’une relecture assurée par un stagiaire n’ayant pas acquis toutes les compétences etc… Ça a toujours été et, je pense, s’est amélioré. Il me semble que les maisons d’édition (et, bien sûr, les écrivains, traducteurs, journalistes exigeants…) sont les derniers garants de la qualité du français écrit alors que les fautes d’accords et de syntaxe envahissent la toile et les articles d’actualité. Dans le cas ci-dessus, peut-être l’éditeur a-t-il fait preuve d’un excès de confiance ?


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