Washington, mai 72

Après quelques lectures ordinaires ou encore déroutantes comme la dernière, il me tardait de lire un polar pour lequel je n’hésiterais pas. J’avais lu d’excellentes critiques sur Moisson noire et l’Actu du noir et j’ai eu envie de me lancer dans Un jour en mai. On ressent tout de suite l’écriture, le style mais surtout l’ambiance que George Pelecanos arrive à installer. Pour un lecteur, c’est un trop rare plaisir.
Printemps 1972. Alex Pappas et deux de ses amis, trois jeunes blancs en mal d’émotions fortes, décident d’aller provoquer des noirs dans leur quartier. Trois jeunes noirs répliquent. Résultat de l’affrontement, un mort, un défiguré, Alex, un des noirs, James Monroe, en prison, et tous marqués à vie.
Un jour en maiTrente cinq ans plus tard, ils essayent de réussir leur vie, plus ou moins bien selon les cas. L’incident est ancré en eux. Leurs chemins vont se croiser à nouveau et ils n’auront pas le choix d’affronter leur passé pour pouvoir continuer à vivre.
Encore une fois, Pelecanos nous amène à Washington, il arrive parfaitement à dépeindre les années 70, la jeunesse qui se forme avec alcool et joints, la ségrégation en train d’évoluer et pourtant encore forte. La force de ce roman est dans la description des personnages. Ils sont à la fois originaux et pourtant tellement ordinaires, dans leur volonté de simplement s’en sortir, en travaillant fort ou en tombant dans la délinquance, en essayant d’oublier le passé ou en l’affrontant. Le portrait du père d’Alex Pappas, immigré grec qui fonde son entreprise pour pouvoir transmettre quelque chose à ces fils et comment Alex va reprendre ce rôle sont des passages forts. Ce sont des hommes normaux qui pour différentes raisons se sont retrouvés au mauvais endroit au mauvais moment et qui en paient le prix. Ils luttent toute leur vie pour racheter leurs erreurs dans la société mais également avec eux-mêmes. Pelecanos décrit ces batailles intérieures avec beaucoup de talent.
Évidemment, l’intrigue nous entraîne: quelle sera le point de rencontre entre ces hommes et comment vont-ils s’en sortir? Mais c’est l’atmosphère qui nous tient et les hasards que peut provoquer la vie ne nous étonnent plus.
Quelques points me font placer ce polar dans les bons et non les très bons. Le patriotisme d’Alex (qui a perdu son fils en Irak) et de Raymond Monroe (dont le fils est en Afghanistan) face aux jeunes soldats blessés m’a gêné. La description en est certainement très juste et très américaine mais j’aurai bien fait sans.
La fin, sans que je vous la donne, est peut-être un peu trop improbable, ou comment un drame peut donner quelque chose de très bien. En même temps, j’ai apprécié dans ma lecture de pouvoir finir sur une touche positive, donc un  moindre mal peut-être.
L’âme humaine décrite par Pelecanos nous touche profondément car elle est complexe et proche de nous et c’est une des grandes qualités de ce roman.

George Pelecanos, Un jour en mai, Seuil, 2009 (The Turnaround, 2008) traduit de l’anglais par Étienne Menanteau.

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2 commentaires sur “Washington, mai 72”


  1. Je viens de l’acheter !


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