Des visages … flous

Depuis quelques jours sur ce blog, la tempête fait rage dans les commentaires sur Le Tailleur de pierre (j’exagère un peu mais ça fait plus animé). Cela m’a amené à réfléchir sur l’analyse d’un livre, quels sont nos critères pour décider si c’est bon ou mauvais, les miens sont-ils corrects ou dois-je en changer? Vaut-il mieux être très difficile et ne pas toucher tout le monde ou plus positif et lire aussi du moins bon? Jusqu’où peut-on aller dans notre amour des polars pas parfaits (parce que je persiste, on a le droit de temps en temps à une série Z version polar)? Beaucoup de questions et pas de réponses définitives.
Le roman que je viens de terminer n’a pas vraiment aidé à répondre à mes interrogations, au contraire. J’ai fermé la dernière page et je suis restée dubitative, incapable de dire si j’avais aimé ou pas, si c’était bon ou pas, sans aucune certitude. Cela ne me ressemble pas vraiment, je suis en général assez tranchée dans mes avis même si parfois généreuse selon certains. Mais là, le trou noir de l’inconnu. Cette indécision n’est d’ailleurs pas très positive pour le texte, cela signifie clairement que ce n’est pas le polar du siècle ni même de l’année; cela signifie aussi qu’il ne rejoint pas les navets. Donc entre les deux. On se rapproche d’un avis.Les Visages
Les Visages de Jesse Kellerman a été élu meilleur thriller de l’année par le New York Times. À la fin de ma lecture, je n’ai toujours pas vu que c’était un thriller. Ça part mal.
Ethan Muller, propriétaire d’une galerie d’art à New York, découvre dans un appartement déserté des milliers de dessins absolument captivants. Il monte une exposition sans vraiment chercher à savoir où est passé Victor Crack, leur auteur, qui vivait reclus depuis des années. Un policier à la retraite le contacte alors pour lui dire que les enfants qui apparaissent sur un des dessins ont tous été victimes d’un tueur en série dans les années 70.
On va suivre à la fois Ethan dans ses tentatives de retrouver Crack et l’histoire de l’arrivée de la famille Muller aux États-Unis. Évidemment, les deux récits vont se rencontrer et Kellerman nous donne toutes les clés pour que l’on comprenne ce qui arrive.
Ce n’est pas parfait, loin de là. Le narrateur qui me parle à moi lecteur et me dit que c’est un polar, j’ai du mal à supporter. Les relations amoureuses d’Ethan Muller et le monde de l’art m’ont laissé assez froide (même si je dois admettre que j’étais contente de moi quand je reconnaissais un nom). Il y a des longueurs, des facilités de l’auteur à plusieurs endroits, des descriptions inutiles et la résolution des meurtres est tirée par les cheveux.
Et pourtant, il y a une originalité dans l’intrigue, un bon tissage entre passé et présent qui nous embarque. La personnalité de Victor Crack intrigue. Qui est-il? Génie ou attardé?
Finalement, est-ce que c’est un bon polar ou un mauvais? Cette fois-ci je ne débattrai avec personne sur la question, le conflit est intérieur. Mais si quelqu’un a la réponse, n’hésitez pas.
Je vous l’ai dit… dubitative.

Je viens de me plonger dans le dernier Pelecanos, ça devrait être plus facile d’avoir un avis tranché.

Jesse Kellerman, Les Visages, Sonatine, 2009 (The Genius, 2008) traduit de l’anglais par Julie Sibony.

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14 commentaires sur “Des visages … flous”

  1. Éric Says:

    Je vois qu’on réussi à avoir des sp de ADP ! C’est quoi le truc ?

    • Morgane Says:

      Ça vient directement de Paris je crois, des titres au Cherche-Midi et chez Sonatine et j’en reçois quatre à la fois.Et il faut bien tester ce qu’on nous envoie 🙂 Et puis celui-là était chez Sonatine. Après Ellory, j’ai envie de leur faire un peu confiance. Mais là, comme je le dis, je ne sais vraiment pas.

  2. Liceal Says:

    Il est préférable qu’il n’y ait pas de réponses définitives, car que serait la liberté du lecteur?

  3. Liceal Says:

    Le truc pour les sp chez Adp, c’est de persévérer et…. de recevoir souvent ce que tu n’as pas demandé, comme de la chick-liit pour ados, snif…;-)


  4. Vous posez bien sûr un problème de fond qui tient au fait que notre parole (nos goûts/choix) est devenue publique. Elle dispose désormais d’un nombre plus ou moins important de lecteurs, plus ou moins fidèles. Elle peut parfois être reprise, copiée, plagiée vers d’autres publics.

    Elle ne ressort donc plus forcément de l’intime même si chaque chroniqueur continue finalement à parler de lui à travers ses choix.

    Je ne sais pas moi non plus en quoi consiste l’analyse d’un livre mais je sais à peu près ce que j’évite dans les chroniques que j’écris depuis quelques années : plagier la quatrième de couverture, raconter l’histoire, donner mon sentiment de lecture sans l’expliquer, être complaisant avec les auteurs ou les éditeurs.

    Surtout, je n’oublie jamais que beaucoup de choses sublimes ont été écrites avant et que j’ai eu souvent la chance de les lire, ce qui permet de relativiser les impressions que l’on transmet via le blog ou le site sur des écrits plus contemporains.

    Enfin, je mets beaucoup de temps à écrire chacune de mes chroniques, parfois plus longtemps que le temps de lecture. C’est souvent à ce prix que tout ce que j’ai énoncé ci-dessus peut être accompli.

    Bien à vous

    • Morgane Says:

      J’abonde sur la majorité des points que vous spécifiez. Merci d’avoir partager votre méthode avec nous.

  5. christophe Says:

    “Finalement, est-ce que c’est un bon polar ou un mauvais?“
    bon, j’ai une réponse, mais elle est toute personnelle, c’est un bon polar (je rejoins les points d’analyse de Monsieur Vent Sombre qui fait un excellent travail). C’est le genre de bouquin qui me happe. J’ai plongé dans l’univers de Jesse Kellerman, à la page 25 j’étais déjà galeriste, j’ai ressenti un grand émoi face aux toiles de Victor Crack… et dès la page 30 je me disais, “waouh, si ça continue comme ça, ça va être un grand moment de lecture“, celui qui vous fait vous coucher le plus tard possible pour finir le livre en une seule traite. Et ça marche très bien, c’est fluide, on est pris par l’histoire, son découpage (les 2 histoires qui s’entremêlent), cet univers si particulier de l’art contemporain (j’aime les polars qui me déstabilisent, qui me plongent dans un univers que je ne connais pas sans que ça fasse “j’étale mes connaissances“), le final à mon avis n’est pas tiré par les cheveux et quand je ferai mon petit palmarès de fin d’année, je pense qu’il y sera en bonne place…

    • Morgane Says:

      Merci pour la réponse. Ça m’a fait du bien de lire une analyse claire. Et plus le temps passe et plus je me dis que je le place aussi dans les bons. Parce qu’il me reste une impression de lecture, une atmosphère. Et c’est le propre des bons de nous laisse quelque chose bien après l’avoir terminé. En tout cas, il ne m’a clairement pas laissé indifférente.

  6. Paul Says:

    Je me range à l’avis de Christophe.

    Nous pouvons toujours tenter d’appliquer des critères « objectifs » (qualité d’écriture, niveau de langage etc) mais finalement un bon roman c’est un roman qui « nous happe ».

    C’est vrai pour toute forme de création. Baudelaire n’est peut-être pas le plus grand poète au monde mais c’est celui qui m’accompagne depuis… longtemps. De mon point de vue Baudelaire est indispensable!

    Je me fais une note pour « Les visages ». Votre billet, bien qu’indécis, suscite la curiosité!

    bonne soirée.

    • Morgane Says:

      Finalement, je suis contente d’avoir donné envie de le lire. Comme je le disais, il m’en reste quelque chose et c’est agréable.

  7. Paul Arre Says:

    Après avoir lu le bouquin je peux pleinement apprécier ton billet.

    Les Visages est une lecture un peu frustrante.

    J’ai vraiment aimé, beaucoup, certaines idées et certains chapitres (notamment les « flashbacks »). Solomon, Louis et Bertha (« Et Walter engendra Louis. Et Louis engendra la consternation »), la fille. Idem pour les passages concernant Victor qui sont très bons.

    À côté de ça l’histoire d’Ethan et ses amourettes de gosse de riche ça fait un peu « bof bof ». Ce n’est pas mauvais mais ça m’a semblé banal en comparaison. C’est frustrant parce qu’il y a plein de bonnes idées dans ce bouquin.

    J’attends donc de pied ferme le prochain Jesse K.

    • Morgane Says:

      Contente de voir que je n’ai pas été la seule à être dubitative. Le prochain nous éclairera peut-être.

  8. Dialog Says:

     » Cela m’a amené à réfléchir sur l’analyse d’un livre, quels sont nos critères pour décider si c’est bon ou mauvais,… » (Morgane)

    Voilà une question importante qui en sous-tend beaucoup d’autres (mode objectif). Elle est une question qui nous interpelle (mode subjectif). À l’exemple du polar qui peut être traité sur un mode objectif et sur un mode subjectif.

    Quelques exemples de questions amenées par la première de Morgane.

    Pourquoi je préfère le polar aux autres genres ? Pourquoi j’aime certains, et en rejette d’autres ? Pourquoi suis-je dubitatif (dubitative) devant certains polars ? Pourquoi certains me happent-ils ? Pourquoi, malgré leur qualité objective d’écriture, certains ne me touchent pas ? Pourquoi ai-je le goût de communiquer à d’autres mes impressions de lecture ? Pourquoi ai-je le goût de connaître les réactions des autres aux polars que je lis ? De connaître leurs réactions à mes propres impressions ? Pourquoi j’utilise un weblog pour m’exprimer ? Qu’est-ce que j’attends de mes correspondants ?

    Une question. Mille questions. Mille réponses.

    Deux réponses apportées à la question de Morgane me semblent pertinentes, centrales même (niveau objectif),
    ou me touchent (niveau subjectif).

     » Vous posez bien sûr un problème de fond qui tient au fait que notre parole (nos goûts/choix) est devenue publique…
    … Elle ne ressort donc plus forcément de l’intime même si chaque chroniqueur continue finalement à parler de lui à travers ses choix.  »
    (Vent sombre)

     » Je me range à l’avis de Christophe. Nous pouvons toujours tenter d’appliquer des critères objectifs (qualité d’écriture, niveau de langage etc) mais finalement un bon roman c’est un roman qui nous happe.  »
    (Paul)

    Et ma réaction, la mienne propre, à la question de Morgane ?
    Elle serait très longue à expliciter. Il me faudrait d’abord prendre le temps de la clarifier à moi-même. Et puis, comme je réagis dans le passé, dans ce qui a été écrit depuis 5 mois,
    donc pas dans l’instantané, rien ne presse.

    Un début de réponse. Comme je suis à peu près sur de n’être pas lu, j’ai énormément de liberté pour écrire ce que je veux quand je le veux. Pour prendre le temps de laisser monter en moi les réponses. Je n’ai pas d’obligation envers qui que ce soit. J’écris pour moi-même. J’écris boomerang. J’écris pour savoir pourquoi j’écris. Pour savoir pourquoi je m’adresse à des fantômes de lecteurs.

    Les contenus sont vastes et variés. Bien sur, je respecte la règle commune : c’est de polar dont il s’agit ici. Mais le polar reste un domaine de l’imaginaire personnel. C’est la quête perpétuelle de la réponse juste à un problème « happant » qui a des airs de réalité. Je me projette dans ma lecture et m’y retrouve ou m’y perd selon qu’il m’est familier ou étranger.
    Et je cherche des compagnons, des compagnes pour partager sur l’objet … et le sujet.

    Le weblob sur le polar devient un miroir brisé reflétant à l’infini la question de départ, objective et subjective (Qu’est-ce qu’un bon polar ? Pourquoi ce polar me happe-t-il ?) sous des formes variées et inattendues, pertinentes ou impertinentes, selon ce que chacun des lecteurs-réacteurs peut en comprendre, selon qu’il décide ou non de les communiquer.


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