Élémentaire!

J’ai dû me déconnecter quelque temps de mes lectures habituelles pour mes devoirs mensuels. En effet, une fois par mois, j’anime avec une collègue un cercle de lecture au sein de la librairie où je travaille. Cela me change de genres, ouvre mon horizon littéraire et me fait souvent découvrir des auteurs que je n’aurais pas forcément lu sinon. Cette fois-ci, nous parlions d’un livre que j’avais déjà lu l’année dernière et finalement on n’était vraiment pas si éloigné du roman policier, au contraire.
Arthur & GeorgeIl s’agissait de Arthur & George de Julian Barnes. Deux prénoms seuls formant un titre pour nous attirer. Arthur? Mais c’est élémentaire mon cher Watson, il s’agit d’Arthur Conan Doyle. Et George? George Edalji, un jeune écossais qui fut condamné au début du siècle pour le meurtre d’un cheval. Le lien entre les deux, c’est qu’Arthur Conan Doyle prit la défense de ce jeune avoué et mena un véritable combat judiciaire pour le réhabiliter. Julian Barnes, sous la forme d’un roman, nous raconte ce qui fut connu comme The George Edalji Case à l’instar de l’affaire Dreyfus en France.
Le récit est ponctué de lettres et de documents tous authentiques autour desquels Barnes construit son histoire. Et ça marche parfaitement, je peux vous l’assurer après en avoir débattu pendant une heure et demi avec une dizaine de personnes.
Ce sont deux enfances qui se répondent et qui n’ont rien à voir. Puis ces deux personnes que rien ne relie vont se rencontrer et travailler ensemble dans un but commun pour enfin continuer chacune leur vie. Comment Sir Arthur Conan Doyle, gentleman, médecin, créateur acclamé de Sherlock Holmes et proche des grands d’Angleterre, va défendre un jeune avoué écossais d’origine parsie timide et réservé.
Le cours habituel des choses s’inverse, il est courant de voir des policiers, des juges, des journalistes se mettre à écrire des romans pour transmettre leurs expériences mais beaucoup plus atypique que le père d’un détective se transforme par la suite en la créature qu’il a imaginée.
Le récit nous promène avec beaucoup de talent d’une vie à l’autre jusqu’à leur rencontre, nous fait part de leurs pensées de façon discrète tout en nuance. On découvre la vie d’un auteur reconnu, son rapport à sa famille, à ses femmes (il en aura deux), et sa vision du monde et de l’Angleterre. Barnes nous parsherlock-holmesle du lien ambigu que Doyle entretient avec son célèbre héros, celui-ci lui ayant donné gloire et reconnaissance et en même temps l’empêchant d’écrire autre chose puisque ces lecteurs le pressent de ne pas s’arrêter. C’est aussi la découverte du spiritisme dont il sera jusqu’à la fin un ardent défenseur.
Au niveau policier, il est particulièrement intéressant de voir comment les forces de l’ordre ont mené l’enquête, les préjugés qu’elles entretenaient sur George à cause de la couleur de sa peau, leurs méthodes plutôt arbitraires et comment se déroulait un procès. Ce jugement et son retournement furent en partie responsables de la création d’une cour d’appel, moment important dans l’histoire de la justice anglaise.
C’est un roman dense, touffu, où les sujets de réflexions sont nombreux, passionnant à discuter en groupe pour multiplier les hypothèses, un portrait de l’Angleterre du début du XXème siècle aussi. L’écriture est excellente, ingénieuse, présente mais en retrait pour nous laisser savourer le récit.
L’histoire d’un crime réel comme il en est publié tant mais écrite par un grand auteur avec beaucoup de talent.

Julian Barnes, Arthur & George, Mercure de France, 2007 (Arthur & George, 2005) traduit de l’anglais par Jean-Pierre Aoustin.

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One Comment sur “Élémentaire!”

  1. Dialog Says:

    Question fondamentale

    Pourquoi ai-je décroché après avoir lu la moitié du livre ? J’ai commencé à lire ce livre au début de juin avec curiosité et intérêt. Les cinquante premières pages m’ont plu. Puis tout à coup l’intérêt est parti. J’ai lu la deuxième moitié du livre en diagonale. Et je ne suis pas le seul. Beaucoup d’internautes ont trouvé que ce livre contenait beaucoup de longueurs. Ce qui m’intrigue c’est de comprendre techniquement ce qui rend ce livre longuet à lire, de connaître les dénominateurs communs de ceux qui ont trouvé ce livre peu passionnant à cause de ces longueurs. Qu’est-ce qu’une longueur en littérature ?

    Les personnages principaux

    Arthur et George sont sympathiques. Ils sont contrastés quant à leur origine, leur éducation, leur jeunesse, leur milieu social. et leur personnalité. Toute la partie où l’auteur alterne de l’un à l’autre a été intéressante. C’est à partir du moment où ils se rencontrent que j’ai perdu le goût de lire. En somme, ce qui était captivant, c’était leur regard différencié sur leur milieu et leur époque. Pourquoi cet intérêt s’est-il perdu en cours de route ? Peut-être que certains côtés de Doyle comme époux ou comme médecin-spiritiste m’étaient répulsifs alors que George m’était toujours sympathique dans son rôle de victime lucide.

    L’intrigue

    Si l’histoire de vie était intéressante au début, toute l’intrigue qui consiste à réparer une erreur Dreyfusarde devient anecdotique. On dirait que l’évolution de vie de chacun des personnages entremêlée avec la recherche patiente et longue de justices se perd dans les méandres de l’anecdotique.
    Peut-être l’auteur aurait eu avantage à être moins fidèle aux détails historiques pour garder mon attention ? Peut-être que ce qui m’a déplu c’est le souci de démythifier Conan Doyle pour recréer en même temps un autre mythe où l’auteur Doyle finit par trop ressembler dans ses méthodes d’enquête à son héros Holmes ?

    Le milieu géographique et social du roman

    Le milieu anglais de l’époque victorienne est bien rendu; l’odeur est british, impérialiste, colonialiste, puritaine et Tartufienne. Moult romans situés à cette époque ont utilisé cette mise en scène sociale, politique et géographique; peut-être que la longueur des développements décrivant l’époque a eu un effet de redondance inutile pour moi.

    Les personnages secondaires

    Beaucoup ont une personnalité assez bien décrite; beaucoup sont même attachants. Beaucoup se perdent en cours de route dans le dédale de l’enquête et les à-côté de la description de la vie de Arthur.

    Les péripéties de l’intrigue

    L’intrigue peut se résumer en un récit de quête de justice réparatrice visant à être le plus près possible de la vérité historique dans les moindre détails. J’ai eu l’impression de lire un rapport circonstancié plutôt qu’une histoire, avec en marge des notes qui auraient pu servir à faire un roman.

    Les dialogues et l’interaction entre les personnages

    J’avais l’impression qu’il n’y avait pas vraiment de dialogues, d’interactions entre les personnages. On aurait dit des acteurs monologuistes qui se côtoient en récitant leur texte.

    La forme principale du récit, ses formes secondaires, son registre

    En fait, avant que d’avoir à faire à un roman et encore moins à un polar, nous avons affaire à un portrait de deux personnages, à une double biographie et à un rapport d’enquête minutieux qui aurait bien des caractéristiques du rapport Bouchard sur les accommodements raisonnables. En tout cas, ce n’est sûrement pas un thriller haletant.

    Le dénouement

    Comme je n’ai pas vraiment lu le livre jusqu’au bout, je ne peux parler sensément du dénouement. J’ai pourtant gardé comme impression que le dénouement concerne plus Arthur que George, même si le récit tournait autour de la problématique de ce dernier.


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