Mézigue? Aller chez les Ricains?

Il va être difficile de trouver les mots adéquats pour parler de ce polar car la barre est mise haute dans le texte, c’est jouissif, réjouissant et ça vole au ras des pâquerettes (elle était facile à faire, celle-là).
Vlad, militant communiste, est à la retraite depuis peu. Il n’attendait que cela pour mettre sa vengeance à exécution puisque comme nous l’a appris Craig Johnson dans Little Bird, c’est un plat qui se mange froid. En l’occurrence même gelé puisque Vlad Pichon veut se venger de tous les enseignants qui l’ont martyrisé dans sa jeunesse avec des règles en fer et des coups de pied au cul. Bien sûr, il en reste moins qu’au début pour cause d’âge avancé mais bon, c’est toujours mieux que rien. Son plan réalisé, il fuit vers le Québec rejoindre son fils aîné et il apprend que son cadet vient de se suicider après s’être fait licencié d’une grande banque par ces temps de crise économique. Toujours remonté contre le capitalisme, il décide de faire un exemple avec le patron de la banque. De toute façon on n’est pas à un mort près.au pas des raquettes
Voilà plus ou moins l’histoire. C’est aussi comme ça que l’auteur l’a raconté cette semaine à une rencontre avec les libraires où je me trouvais. Il a ensuite rajouté que l’histoire finalement, on s’en foutait, c’était la langue qui comptait. Rien à dire à cela, au contraire, mission accomplie haut la main.
Il joue avec les mots pour nous plonger dans une atmosphère d’ouvrier communiste au langage coloré. Cela demande par contre une connaissance du parler populaire français et de la politique hexagonale que n’auront peut-être pas tous les lecteurs québécois mais ceux habitués au polar militant s’y retrouveront. Et ça marche, c’est un texte qu’on a envie de lire à voix haute juste pour faire sonner les jeux de mots et autres calembours. J’en riais toute seule et mes collègues se demandaient ce qui m’arrivait. Vlad a un argot truculent, que met largement en valeur Luc Baranger dans le reste du récit, qu’il parle à sa radio: « casse-toi, pauv’ con! sarkozia Pichon », à un flic venu enquêter :  « Dis donc, Javert, t’es venu pour m’causer ou pour que j’te lise l’almanach Vermot? » ou des grands patrons.
Dire que c’est un polar engagé est quasiment un euphémisme. Le monde va mal, le capitalisme le pourrit et ça commence à bien faire. Comme le dit Pichon: « J’commence à en avoir ras la chéchia des fils putatifs de l’oncle Sam. » Nicolas Sarkozy en prend pour son grade à mots couverts qui ne cachent rien et tous ses grands de ce monde n’ont qu’à bien se tenir.
Quand on a envie de hurler à la situation mondiale et de voir que d’autres réagissent, à lire absolument. Ça fait du bien et ça remonte le moral. Peut-être qu’il y a une justice après tout, même si elle est à la con parce que « baisé pour baisé, autant finir en beauté ».

Luc Baranger, Au pas des raquettes, éditions la branche, collection Suite Noire, 2009.

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4 commentaires sur “Mézigue? Aller chez les Ricains?”

  1. Liceal Says:

    T’oublies pas de me la prêter, dis 😉

  2. Luc Baranger Says:

    J’ignore qui est Ellory mais je suis vraiment touché d’avoir été ainsi compris. C’est vrai, certains bouquins mériteraient d’être lus à voix haute. Je précise que dans mon dernier il existe un glossaire destiné aux lecteurs français qui n’entendent rien au parler québécois.

    • Morgane Says:

      C’est toujours très agréable d’avoir la réaction de l’auteur en personne. J’attends avec impatience le recueil dont vous parliez chez 400 coups, je pense. En ce qui concerne Ellory, c’est du très grand à mon avis, j’ai fait une critique de son dernier, Vendetta, il y a quelques temps. Poétique et noir à la fois.


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