Des indiens, un shérif et le Wyoming

Mes dernières lectures ont été agréables mais sans plus, je commençais à avoir envie de quelque chose de plus consistant, de plus décapant, de plus enlevant. Et ouf, ça m’a emporté plus que je ne le pensais. J’avais lu d’excellentes critiques lorsque Little Bird était sorti en France à la fin du printemps mais il a fallu attendre l’automne pour qu’il nous arrive ici. L’océan est bien long à traverser. Mais je ne regrette pas l’attente.
Walt Longmire est shérif dans le comté d’Absaroka, Wyoming. Il attend sa retraite tranquillement en buvant des bières et prépare sa succession par son adjointe. Pas grand chose à faire à part arrêter quelques ivrognes et quelques bagarres. C’est pour cela que quand on l’appelle pour lui faire part de la découverte d’un corps, il croit tout d’abord à un mirage d’alcoolique. Malheureusement, c’est bien le cadavre d’un jeune homme qu’il découvre au fond d’une vallée. Deux ans plus tôt, Little BirdCody Pritchard, la victime, avait été reconnu coupable avec trois autres adolescents du viol d’une jeune indienne handicapée, Melissa Little Bird. Comme le cite Craig Johnson en ouverture: «  la vengeance est un plat qui se mange froid ». Quand le corps d’un deuxième jeune est découvert, Walt décide qu’il faut agir vite. Secondé par son adjointe, Vic, et surtout aidé par son meilleur ami, Henry Standing Bear, il va mener l’enquête et traverser son comté de fond en comble pour découvrir le coupable.
Tout est là. Les personnages sont complexes, drôles parfois, certainement attachants. Walt Longmire est un shérif comme on les aime: 118 kg, trop de bière, de ventre et de célibat pour cause de veuvage. On vit ses réflexions face aux victimes, ses doutes même par rapport à ses amis car il les sait capable de presque tout, ses appréhensions sur sa vie personnelle. Il essaye de comprendre ceux qu’il doit protéger, de s’initier aux rites des indiens de la réserve tout en gardant un certain recul. L’écriture est là aussi, rythmée, capable de passer d’une scène contemplative à un départ au quart de tour sans nous perdre en route.
Les éditions Gallmeister se consacrent au Nature Writing et c’est aussi de cela qu’il s’agit dans ce polar. Un lien direct avec la Nature, ce qu’elle peut nous amener et qu’elles sont nos limites face à elle.
La scène où Walt marche dans le froid et la neige et finit par avoir des hallucinations (mais en est-ce vraiment?) est absolument magnifique.
Ici, pas de super-héros au sang froid et à la démarche digne. Juste des personnages ordinaires tout en nuances capables de se comporter comme des héros si nécessaire.
Le ton toujours détaché, cynique et drôle est entre autre ce qui fait l’originalité de ce roman.
Si je n’ai pas été assez claire, je vais le dire en toutes lettres, j’ai adoré Little Bird. Pour l’écriture, le récit, les personnages, les dialogues complètement déjantés, pour pas mal tout en fait, ce qui est plutôt rare et donc à souligner. Allez, juste pour vous donner une toute petite idée.

« – Vic est dans la rue, elle fait la circulation
– On n’a qu’une seule rue. Pourquoi elle fait la circulation?
– À cause de l’installation des décorations électriques pour Noël.
– On n’est pas même pas encore à Thanksgiving.
– C’est un truc de la mairie. »

Craig Johnson, Little Bird, Gallmeister, 2009 (The Cold Dish, 2005) traduit de l’anglais par Sophie Aslanides.

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9 commentaires sur “Des indiens, un shérif et le Wyoming”

  1. Jean-Marc Says:

    Oui, oui et oui !
    D’accord avec tout ça.

  2. christophe Says:

    et bien pour ceux que ça intéresse, j’ai interviewé Craig Johnson il y a quelques mois
    http://www.entre2noirs.com/dossiers-interviews__7_interview-craig-johnson_82.html

    • Morgane Says:

      Merci beaucoup pour le lien. C’est vraiment intéressant de voir la manière dont il écrit, et sa conception du polar. Je crois que j’aime encore plus l’auteur 🙂
      Je vais sûrement aller les lire en anglais pour aller plus vite!


  3. Ravi de voir que tu as adoré ce roman qui est encore à l’heure actuelle mon coup de coeur 2009.
    Des polars comme ça, j’en redemande.
    RV au printemps 2010 pour retrouver Walt, Henry et les autres. Qu’est-ce que j’ai hâte !

    • Morgane Says:

      Pourvu qu’on ne nous fasse pas attendre 5 mois de plus pour le Québec. Et je suis d’accord, il prend également place dans mon top 2009.

  4. cynic63 Says:

    Il sera en France la semaine prochaine, dans le Puy de Dôme en particulier. Une rencontre est prévue avec lui samedi prochain. J’irai donc et j’en parlerai certainement par la suite…

  5. Nicolas Says:

    Je dois être un extraterrestre mais je n’ai pas du tout accroché à ce roman. Ni à l’histoire, ni aux perso, ni au style. J’en attendais peut-être trop, vu les commentaires dithyrambiques que j’ai vus à son sujet.

    • Morgane Says:

      Ce n’est pas grave, il en faut pour tous les goûts. Enfin, presque 🙂 Et puis, c’est un genre particulier, il faut aimer le nature writing, les grands espaces. On peut à mon avis aimer les excellents polars et pas celui-là. Mais je suis d’accord avec toi, les critiques peuvent influer sur notre lecture et ce n’est pas toujours une bonne chose parce que cela augmente notre attente.


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