Une histoire de la Mafia

Seul le silence a été pour moi un des grands livres de l’année 2008. C’est une lecture qui m’a emportée dans un monde à la fois noir et poétique, une écriture qui m’a marquée.
Je me demandais si R.J. Ellory arriverait à faire autant d’effet avec son deuxième roman traduit en français. Et je suis très heureuse de voir que c’est le cas. Je ne voulais pas être déçue et je ne l’ai pas été. Vendetta est également un grand livre à mon avis. Différent du précédent et en même temps semblable dans son originalité.
VendettaNous sommes en 2006 à la Nouvelle-Orléans. La fille du gouverneur de la Louisiane est enlevée et on trouve le corps de son garde du corps dans le coffre d’une voiture. Alors que la pression monte,  l’enquête passe de main en main, de la police locale pour aboutir au FBI. La situation change de façon inattendue lorsque le kidnappeur, un homme qui dit s’appeler Perez, se rend de lui-même. Il demande alors à parler à Ray Hartmann, un enquêteur contre le crime organisé. Il va s’asseoir face à lui, heure après heure et lui raconter sa vie.
Et ce n’est pas une vie ordinaire mais le parcours d’un homme à l’enfance difficile qui va devenir tueur pour la Mafia et son cheminement à travers les « familles ».
Car ce roman est aussi cela, une magistrale histoire de la mafia, de 1950 à maintenant. Perez nous parle  de la conférence de la Havane, de la mort de Marylin Monroe et de l’assassinat de Kennedy. C’est un récit de l’intérieur où on assiste aux jeux de pouvoir entre les italiens et les irlandais, mais aussi dans les  grandes familles même, de villes en villes. Tout cela raconté par quelqu’un qui sera toujours un étranger car il n’est pas italien.
Et le récit de cette vie tisse un lien fort entre celui qui raconte, Pérez, et celui qui écoute, Hartmann. Ce n’est certainement pas de l’amitié, mais de l’estime peut-être entre deux hommes pour qui la famille est la chose la plus importante et qui en même temps ne peuvent empêcher leur emploi de prendre le dessus et de gâcher leur vie.
Ellory construit parfaitement son récit, l’enquête présente étant entrecoupée des souvenirs de Perez. On se sent emporté alors qu’on n’a rien vu venir. Ses personnages sont tout en nuance, ni blanc ni noir, on n’arrive pas à détester vraiment Perez malgré ses crimes, sa violence gratuite et son manque évident de sens moral.
J’ai ressenti la même chose que pour Seul le silence, un roman calme malgré la violence qui le parsème et une écriture d’une grande poésie. Les éditions Sonatine nous font découvrir un auteur qui mérite sa place parmi les grands.

R.J. Ellory, Vendetta, Sonatine, 2009 (A Quiet Vendetta, 2005) traduit de l’anglais par Fabrice Pointeau.

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5 commentaires sur “Une histoire de la Mafia”

  1. Éric Says:

    D’accord avec vous, sauf que je l’ai trouvé un peu long. On aurait pu couper quelques dizaines de pages sans que le récit ne souffre trop.
    Vivement qu’on traduise ses autres bouquins.

  2. xtiane Says:

    je lirai bien sur ce livre mais pour ceux que cette période intéresse, je conseille la lecture de l’ouvrage de Marc Dugain, « la malédiction d’Edgar » (Gallimard), qui a aussi pour moi la saveur du polar

  3. Morgane Says:

    Je suis d’accord avec toi Éric sur les quelques longueurs mais cela ne m’a pas coupé le plaisir de lecture.
    Par contre, je trouve surprenant qu’on ne trouve pas plus facilement ses titres en anglais. J’ai cherché dans plusieurs librairies et ils ne sont pas sur les tablettes. Un travail de reconnaissance à faire.
    Pour le Marc Dugain, j’ai effectivement lu de bons commentaires. Une lecture prochaine peut-être?

  4. jeanjean Says:

    La mafia, Cuba, Kennedy… Je note, d’autant plus que je suis dans Ellroy et sa trilogie Underworld qui évoque aussi ces événements.

  5. Dialog Says:

    Morgane ! Je signerais à deux mains ta chronique sur « Vendetta ».
    Je fais miens tes commentaires. Rien ne m’a paru long. Tout m’est apparu essentiel dans la construction de l’intrigue.

    Et le dénouement ! Quel clin d’oeil au lecteur ! Astucieux en lui-même par rapport à la logique du récit, complice face au lecteur et à Hartmann (ce qui est du pareil au même) et vengeur par rapport à son passé, plus particulièrement à sa soif inassouvie de famille, de n’avoir pas été, entre autres, inclus dans la grande smala-mafia italienne.


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