Des rabbins en Alaska

L’inspecteur Meyer Lansdman est un noz qui porte un sholem à Sitka, lointaine ville d’Alaska. Traduction: c’est un flic qui porte un flingue. Et Sitka? C’est là qu’on a envoyé les juifs en 1948 quand leur installation en Israël a échoué. Vraiment une drôle d’époque pour être juif!
club des policiers yiddishMichael Chabon fait évoluer son récit entre uchronie et roman policier pour se lancer dans une enquête chez les juifs sur fond de conspiration.
L’état d’Alaska a été peuplé par les juifs après 1940. Ils y ont refait leur vie comme ils pouvaient. Meyer Landsman y est né, et a plutôt raté la sienne, de vie. Flic, divorcé, à la limite de l’alcoolisme, on le découvre pour la première fois dans la chambre d’hôtel où il vit. Un des ses voisins de chambre vient de se prendre une balle dans la tête et bizarrement cela le chagrine un peu, car il a bien dû le croiser, ce yid (ce juif). Et comme « Landsman ne connaît que deux états: le travail et la mort », il décide de prendre l’enquête en main avec le concours de son cousin et collègue Berko Shemets.
Mais rien n’est simple à Sitka. Il faut évoluer en douceur entre ordres des chefs et sensibilité des chapeaux noirs (les juifs hassidiques) et disons que sensible n’est pas le deuxième prénom de Meyer.
Comme en plus, il n’est pas vraiment enchanté de se retrouver avec son ex-femme comme supérieur immédiat, il va se lancer tête baissée dans cette enquête, comme une fuite en avant.
Michael Chabon a créé un monde qui nous convainc tout à fait, une ville juive dans les confins de l’Alaska, avec son histoire, ses traditions, ses petits chefs aussi. L’enquête de Landsman pour trouver l’assassin d’un pauvre type cocaïnomane va s’avérer être un peu plus complexe que prévue bien sûr et nous entraîne à sa suite dans des magouilles de hauts niveaux où il sera question de messie et de vache rousse.
Pour mieux nous imprégner de l’ambiance, Chabon nous enrobe son récit de vocabulaire juif. Heureusement, l’éditeur nous a mis un glossaire à la fin pour nous aider à nous y retrouver et nous immerger totalement dans cette Sion nordique.
Un roman triste et drôle à la fois. La situation de ce peuple, envoyé dans le grand nord et qui essaie malgré tout de survivre et de s’installer même si personne ne veut d’eux est déchirante. Le personnage de Landsman, divorcé et saoul dans sa chambre d’hôtel (si classique des polars) est émouvant.
Mais l’humour de Chabon est bien présent aussi. Les situations délirantes suivent des réflexions plus que sérieuses pour nous faire sourire presque malgré nous.
Divertissant et enrichissant, un plaisir à lire.

Michael Chabon, Le club des policiers yiddish, Robert Laffont, 2009 (The Yiddish Policemen’s Union, 2007) traduit de l’anglais par Isabelle D. Philippe.

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6 commentaires sur “Des rabbins en Alaska”

  1. Catherine Says:

    Merci d’avoir laissé un comm’ sur mon post.
    Je pense que nous donnons bien envie de lire ce roman !


  2. Un collègue me l’a conseillé, car il l’a lu en VO. Au départ, il l’avait acheté grâce au titre. Il a trouvé le bouquin excellentissime d’humour. Ensuite, une conseillère (ça fait mieux que vendeuse !) de la FNAC me l’a aussi conseillé. Finalement je vais me laisser tenter.

    • Morgane Says:

      Il faut se laisser tenter. C’est un style différent, original.
      En ce qui concerne les conseillers FNAC, ce ne sont pas des libraires? Ça doit être mon côté militante en librairie, je veux que l’on nous donne le nom de notre fonction 🙂 En tout cas, celle-là connaissait ces bons titres.


  3. Ce fut l’un des mes grands coups de coeur l’an dernier mais je n’ai pas réussi à écrire un billet à son sujet! Vous en dites l’essentiel et donnez envie de le lire. J’ai particulièrement aimé les métaphores loufoques qui donne une tonalité particulière au récit.

  4. Dialog Says:

    J’ai arrêté de lire ce bouquin au bout de vingt pages. L’aller-retour constant du texte au glossaire et du glossaire au texte me faisait constamment perdre le fil de l’histoire et la saveur trop corrosive de l’humour. Deux amis, amateurs éclairés de polar, ont eu le même réflexe. Je n’avais pas l’impression de lire un polar, mais celle d’étudier un texte.

    Comparé à Serge Quadruppani, traducteur attitré de la série des Montalbano de Andrea Camilleri, Isabelle Philippe traductrice n’a pas réussi à rendre rapidement accessible le langage juif utilisé dans « Le club des policiers yiddish ».

    Serge Quadruppani réussit cet exploit de nous faire goûter la langue sicilo-italienne au moyen d’une traduction française qui fait appel aux parlures régionales de la langue française et en faisant suivre un mot sicilien intraduisible par une expression française entre parenthèses lorsque  » l’original  » peut prêter à confusion.

    • Morgane Says:

      Moi c’est le contraire, le glossaire ne me dérange pas. Par contre, j’ai ai été incapable de lire Camilleri, les expressions inventées me gênaient trop. Mais bon, je retenterai sûrement l’expérience avec son nouveau.


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