L’homme naît-il bon?

C’est actuellement la folie Philip Kerr au Québec. Depuis la publication d’un article sur La trilogie berlinoise, on ne vend plus que ça. Et pourtant, ce n’est pas celui-ci que je viens de lire. Il faut bien que je me distingue. Mais les hasards parfois… Un collègue venait de retrouver dans sa bibliothèque A Philosophical Investigation et me l’a ramené. C’est par là que j’ai commencé ma découverte de Kerr et c’était une bonne idée, mon collègue me cerne bien côté littérature.
philosophical investigationNous sommes dans le futur, 2013, pas si lointain d’accord, mais replaçons dans le contexte, le livre a été écrit début 1990. Kerr a dit que c’était en réalité le monde de ce moment-là qu’il voulait décrire. Il faut croire que rien n’a vraiment changé, je m’y retrouve aussi.
On a découvert une manière scientifique, un défaut génétique, de débusquer les tueurs en série, les violents en tous genres, avant même qu’ils ne passent à l’acte. Les renseignements obtenus sont ensuite codés sous le nom d’un auteur classique. Le rêve de toute police, savoir qui est susceptible de commettre un crime. Mais bien sûr, aucun système n’est parfait. Un homme, détecté positif et codé sous le nom  du philosophe Wittgenstein, veut effacer son nom du système. Non seulement réussit-il mais  en plus lui vient l’idée de débarrasser le monde de ses confrères philosophes futurs criminels. Quitte à être violent, autant le faire pour rendre le monde meilleur, non?
Wittgenstein va rapidement instaurer un dialogue avec l’inspectrice chargée de l’enquête, Jake Jakowicz. Échanges philosophiques et actions alternent dans ce roman passionnant. Car les questions qui se posent sont très actuelles. Qu’est-ce qui nous attire dans le meurtre et la violence? « The imitation or simulation of murder has become modern society’s driving recreational force. » L’attrait des jeux vidéos de plus en plus réalistes, des séries policières ou du polar en général rejoignent assez cette affirmation. Je me remets en question en temps que lectrice, simple voyeurisme de la souffrance humaine ou sincère volonté de comprendre la société dans laquelle je vis qui est, que je le veuille ou non, violente? Je penche pour me rassurer du côté de la deuxième.
Kerr pose aussi la question de la responsabilité des gènes dans les actions de ces hommes. Pas si éloigné de notre temps pour qui se souvient que Nicolas Sarkozy parlait d’une pathologie pour les pédophiles. Mais Wittgenstein inverse le problème: Serait-il devenu un tueur si on ne l’avait pas testé et prévenu de son potentiel violent? En serait-il venu aux actes?
Et il y a beaucoup d’autres thèmes de réflexion dans A Philosophical Investigation (qui est également le titre d’un ouvrage de Ludwig Wittgenstein), mêlé à une intrigue bien menée et que l’on suit avec intérêt.
Un peu de réflexion dans un monde de brutes.
Je pense suivre la tendance et lire La trilogie berlinoise, Philip Kerr a clairement quelque chose à nous dire.

Philip Kerr , Une enquête philosophique, Seuil, 1994 (A Philosophical Investigation, 1993)

Cette critique est la première que je vais soumettre pour le défi littérature policière des cinq continents. Philip Kerr, écossais, sera donc mon représentant pour l’Europe.

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7 commentaires sur “L’homme naît-il bon?”

  1. Liceal Says:

    Un côté anti-rousseau qui n’est pas pour me déplaire….

  2. Éric Says:

    Bonjour, je viens de découvrir par hasard le blog. Drôle, suis aussi passionné de polars, suis aussi libraire à Montréal et suis aussi allé à la rencontre de Guérif. N’ai pas lu Une enquête philosophique. Suis allergique avec ce qui flirte de près ou de loin avec la S-F. Faut lire la trilogie, des livres qui datent quand-même d’une vingtaine d’années. Même si je pense qu’on exagère un peu. Monsieur Spehner s’emballe parfois… J’aimerais bien qu’il nous donne son avais du dernier Brouillet. Hum !
    Félicitations pour l’initiative.

    • Morgane Says:

      Je ne suis pas non plus attirée par la SF, mais là, c’est assez léger, pas de gadget en tout genre, juste une enquête bien menée. Par contre, je suis d’accord avec toi pour la trilogie berlinoise, je suis plongée dedans et c’est effectivement très bon. Un commentaire plus complet quand j’aurai terminé. En tout cas, je suis très flattée d’être lu par un collègue montréalais qui en plus partage mon avis sur Norbert Spehner. D’ailleurs, une question pour toi, sais-tu s’il existe un mouvement autour du polar au Québec, une asso?

  3. Éric Says:

    Pas d’association à ma connaissance. Mais je me trompe peut-être. Je ne lis pas vraiment de polars québécois. Ils tiennent difficilement la comparaison avec ce qui ce fait ailleurs dans le monde. Quoique que j’ai lu un André Jacques il y a quelques semaines, et j’ai plutot bien aimé.

    • Morgane Says:

      Je pensais à une asso québécoise sans pour autant la réserver au polar d’ici. Plutôt sur le modèle de 813 en France. Cela me démange de plus en plus d’échanger sur le polar autrement que par internet 🙂 Ça peut aussi permettre d’organiser des évènements.
      En tout cas, pas une lectrice de polar québécois non plus, mais la trilogie de André Jacques est sur ma pile à lire. À suivre donc.

  4. Dialog Says:

    Avec  » La mort entre autres « , on pourrait parler d’un quartette berlinois.

    Ce que j’ai le plus apprécié de cette série en quatre temps, ce sont les descriptions hilarantes des personnages et des lieux où Monsieur Kerr utilise une foison de figures de style en jouant avec les mots, la construction des phrases et la pensée.

    Un savant mélange récurrent de chiasmes, d’oxymorons, d’allégories, d’antiphrases, d’antonomases, de catachrèses, d’euphémismes, d’ironie, de métaphores, de synecdoques, d’antithèses, d’hyperboles, d’hypotyposes, de litotes et de prétéritions contribuent à créer un atmosphère de B-D où  » les méchants  » sont férocement caricaturés.

    90% de l’humour de l’auteur loge dans ces descriptions; alors ceux qui aiment les polars pour l’intrigue et pensent viser juste en ne lisant pas les descriptions de Kerr dans son quartette berlinois passent à côté de la détente.

    Et les quatre opus en sont truffés du commencement à la fin.

    Par contre, dans son  » Enquête philosophique  » son humour est moins débridé, plus retenu, plus allusif; un peu comme s’il racontait avec un sourire en coin, les yeux remplis de questions.


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