Le testament de Mahomet

La découverte de textes religieux inconnus qui vont changer la face du monde est décidément une mode qui dure dans l’univers polar. Cela peut donner le pire comme le meilleur (non, non, je ne donnerai pas de titres, je suis sûre que vous en trouverez tous seuls). Dans le cas du Testament Syriaque de Barouk Salamé paru chez Rivages, on penche du bon côté de la balance.
Paul Mesure est journaliste. D’un voyage en Afrique, il ramène un manuscrit ancien dans le but de le vendre. Lorsque ces meilleurs amis sont assassinés, il comprend que ce livre a plus de valeur qu’il ne le pensait et que tout cela le dépasse. C’est le début d’une histoire à plusieurs voix. Celle de Paul, qui essaye surtout de rester en vie et de comprendre. Celle de Benazir Gurasi, ancienne espionne pakistanaise, chargée par son père de s’emparer du manuscrit. Mais surtout celle du commissaire Sarfaty, fin connaisseur de la culture orientale, qui nous explique l’histoire de l’Islam et du Coran et comment ce livre peut s’inscrire dans cette tradition.
Le testament syriaqueC’est quelque part un polar alibi que l’on lit, dans le sens où il me semble que l’auteur avait envie de nous expliquer tout cela à propos de l’Islam. Et effectivement on apprend beaucoup, sur son origine, sur le peu de preuves qu’il reste de cette histoire, sur son lien avec les autres grandes religions. Il n’y a jamais de jugement sur la religion en elle-même, si ce n’est dans la bouche des personnages qui ne sont là que pour relancer le débat. Ce n’est pas la croyance qui est débattue, c’est l’usage que les hommes en font, la folie de l’intégrisme quelle que soit son origine.
C’est aussi tout de même un bon polar car Barouk Salamé a construit une intrigue qui se tient et qu’on suit avec intérêt. La rapidité de l’action, les passages d’une voix à l’autre donnent un rythme intéressant au récit. Les différents groupes qui se battent pour ce testament sont menés par des convictions religieuses, des raisons politiques voulant préserver le fragile équilibre entre les croyances, ou plus brutalement une volonté de pouvoir.  Personne n’a tout à fait tort et personne tout à fait raison, mais toute découverte historique est-elle bonne à entendre? La grande majorité des croyants sont-ils près à accepter toute vérité? Et surtout les pouvoirs en place ne jouent-ils pas largement avec les religions?
Je regrette un peu que l’auteur est parfois un peu trop privilégié le didactique à l’intrigue. Les personnes auraient pu y gagner en profondeur et on reste un peu sur notre faim à ce niveau-là. Cela reste tout de même un bon polar qui a le mérite d’aborder un sujet plus qu’ardu en ces temps de politiquement correct et d’accommodement raisonnable.

Barouk Salamé, Le testament syriaque, Rivages, 2009.

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One Comment sur “Le testament de Mahomet”

  1. Dialog Says:

    Après avoir visionné dans un long recueillement sidéral l’excellente série de Arte sur les origines du christianisme, j’ai apprécié la lecture du Testament syriaque qui m’a mieux fait comprendre les origines de l’Islam.

    Dans les deux cas, on arrive à mieux comprendre comment les hommes de pouvoir s’emparent du religieux et du sacré pour hypnotiser la foule solitaire et enlever à chaque individu son identité et sa capacité de penser par lui-même.

    Une réelle éducation à la démocratie de participation n’est pas pour demain dans le monde quand on voit les rapaces « égotiques » s’organiser ou se combattre entre eux pour séduire ou contraindre les foules à servir leurs ambitions narcissiques en prenant le visage d’humbles dévots. Histoire de pouvoir pour tous les papes, ayatollahs, rabbins et moines de la planète depuis Constantin.

    C’est dans ce contexte que j’ai trouvé superflu l’intrigue qui m’a semblé caricaturer les trois personnages principaux, en idéalisant avec flagornerie la fille rebelle dans sa relation avec son père machiavélique, en magnifiant démesurément le savoir et les fines astuces du commissaire face à ses collègues rustres et béotiens, en outrant l’idéalisme naïf du journaliste dans son conflit entre la bonne et la mauvaise utilisation des primeurs.

    Mauvais mélange de genres. J’aime bien le baroud de Indiana Jones en Égypte car sa légende se superpose à celle de l’Arche d’Alliance. Le Testament de Mahomet n’a pas réussi son pari en partie à cause de ce mauvais mélange entre l’imaginaire de la didactique et celui du polar.


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