Ailleurs

IslandeIl faut imaginer les panoramas quasi lunaires, la longue nuit d’hiver et le soleil de minuit, les volcans. Il faut imaginer aussi les chemins des terre qui serpentent vers les cols pour se rendre dans des fjords étroits, les nuages bloqués par les sommets, la neige tout en haut. Des paysages époustouflants, un monde à partoù les éléments sont omniprésents, l’eau des glaciers qui fond se transformant en une multitude de cascades, le feu des volcans au bord de l’éruption, la fumée des sources chaudes et les champs de lave refroidie, une luminosité particulière.
C’est l’Islande que décrit Indridason et peut-être que je la comprends mieux maintenant que j’imagine moins et que je sais un peu plus pour avoir passer les deux dernières semaines à la découvrir. J’avais amené La femme en vert dans mon sac, le seul que je n’avais pas encore lu. Je l’ai commencé dans l’avion qui m’amenait vers Reykjavik, pour me préparer, y être déjà un peu. Bien sûr, ses romans se passent surtout dans la capitale et on ne peut réduire un pays à une ambiance de polar, mais les sonorités sont là, les noms de lieux aussi. Et le plaisir est ajouté quand on lit dans une tente par 5 degrés avec un ciel lumineux alors qu’il est déjà 22h et que l’on sait que c’est de cela qu’il parle, de ces gens et de cette langue. Je comprends mieux aussi la fascination d’Erlendur pour les disparitions, il semble facile de se perdre et de n’être jamais trouvé dans cette immensité parfois presque angoissante.

Islande

J’ai beaucoup aimé la femme en vert, plus que La voix ou L’homme du lac. Le mélange des deux récits, d’un côté l’histoire de cette famille pendant la deuxième guerre mondiale et de l’autre la découverte d’un corps enfoui et l’enquête de la police. On sait parfaitement que ces deux narrations ne sont en fait qu’une mais on ne sait pas comment elles vont se réunir et on aime le voyage qui nous mène à la résolution. On y découvre aussi une partie de l’histoire de l’Islande, avec les soldats anglais et américains venus protéger ce pays sans armée et qui ont amené avec eux la modernité. Il faut savoir que les États-Unis n’ont quitté la base aérienne de Keflavik qu’en 2006.
Il y a peut-être des faiblesses dans le récit et des facilités parfois mais j’avoue ne pas avoir eu envie de les voir. Dans ma tête, le livre se mêle encore à mon voyage dont je ne suis pas tout à fait revenue. Difficile de faire la part entre le roman tel quel et le souvenir de mes aventures personnelles. J’ai aimé le roman et j’ai adoré mon voyage. Je conseille vivement les deux. D’abord, les enquêtes d’Erlendur pour commencer à percevoir les différences, à les apprivoiser puis un voyage là-bas pour découvrir tout à fait autre chose, une expérience dépaysante. Et peut-être en bande son un album de Sigur Ros.

La femme en vert

Arnaldur Indridason, La femme en vert, Métailié, 2006 (Graforpögn, 2001) traduit de l’islandais par Éric Boury.

Un commentaire de lecture sur L’homme du lac par Liceal juste ici.

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8 commentaires sur “Ailleurs”


  1. La femme en vert reste mon préféré (bien que je ne sois jamais allé en Islande). Pour l’émotion, la sensibilité, la façon pudique et émouvante de décrire l’enfer de cette femme, et de le mettre en parallèle avec les problèmes d’Erlendur avec sa fille …

  2. Morgane Says:

    Tout à fait d’accord sur la sensibilité de ce roman. J’ai aussi beaucoup aimé son dernier, Hiver Arctique, car très actuel puisqu’il développe la problématique de l’immigration dans le contexte très particulier d’une île avec une faible population très homogène. C’est intéressant de voir ce qui peut se produire dans ce cas-là et qu’elle peut être la réaction des nouveaux arrivants mais c’est peut-être ma propre immigration qui me rend sensible au sujet. Et puis j’ai aimé le fait que sa situation personnelle s’améliore, un peu de légèreté dans la longue nuit polaire.

  3. jeanjean Says:

    Allez, 2 semaines en Islande, pour voir à quoi ressemble le pays d’Indridason. Ben voyons !!!

    Sans rire, La femme en vert est aussi mon préféré, mais on est rarement déçu par cet auteur.

  4. Liceal Says:

    Tout à fait d’accord avec mr Laherrère. La femme en vert est exceptionnel. A date, je trouve que c’est son roman le plus abouti aussi bien au niveau de l’enquête, son amorce, son dénouement mais aussi dans l’expression de la tragédie humaine vécue par cette femme. La voix poursuivait dans ce sens, mais avec l’homme du lac, Indirdasson nous emmène vers autre chose un petit peu à la fois. Un prélude à Hiver arctique, qui semble plus léger au niveau de ses problèmes personnels?
    Je vais le lire très bientôt, car il va être intéressant de voir où Indridasson nous emmène, et de voir comment ses personnages évoluent peu à peu.
    Une vraie saga, quoi (oui, oui, je sais c’est un peu facile cette dernière phrase….)

  5. xtiane Says:

    c’est décidé, je commence demain. D’abord je vais chez le libraire acheter les livres d’Indridason, puis je les lis….et ensuite je prépare mon voyage;;;;;mais ça, c’est une autre histoire !

  6. Nicolas Says:

    Même si je ne suis pas un grand fan d’Indridason, écrivain que je trouve un peu surcoté, j’ai beaucoup aimé La femme en vert, et je suis d’accord avec toi sur le fait qu’il est meilleur que L’homme du lac, que je trouvais parfois ennuyeux, notamment pendant l’intrigue contemporaine. Mais gobalement je trouve que Indridason est un peu un « sous-Mankell »: je trouve les romans du Suédois plus élaborés et fouillés.

    • Morgane Says:

      Il a toutefois des particularités très islandaises, même si, comme toi, je préfère Mankell.

  7. Dialog Says:

    J’ai lu deux Indridason : « L’homme du lac » et « Hiver arctique ».

    Puis-je dire que j’ai adoré ? Non !

    Puis-je dire que j’ai aimé ? Pas vraiment !

    Mais j’ai apprécié. La preuve, preuve face à moi-même : je n’ai pas lu en diagonale. Il m’en est resté des impressions de voyage au coeur d’un blizzard.

    Histoire longue, comme l’hiver, comme la nuit d’Islande, froide comme ses congères ou l’étal d’un pathologiste qui cherche, sans jamais vraiment trouver, à comprendre la mort.

    Polar-prétex et mort d’âme cachée dans les replis du passé de Erlandur, dans ses tentatives réitérées et itinérantes de le défaire, de le refaire, toujours à la recherche lancinante de son frère perdu dans la poudrerie, de ses enfants perdus dans la poudre.

    Voyage sur l’île, dans le temps, à travers les continents et la froideur universelle des hommes entre eux. Il n’y a que ceux qui savent se construire un cocon de chaleur familiale, à l’abri de l’étrange à l’étranger, qui semblent pouvoir espérer passer l’hiver pour enfin s’envoler dans la lumière de l’été.

    Islande ! Terre lointaine qui fait rêver. Île à la dérive. Terre de contrastes flagrants entre le chaud et le froid, la lumière et la nuit, les pointes de geysers et d’icebergs. Île figée dans la réflexion sur la solitude et la mort.


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