J’ai aimé ou remboursé

Depuis longtemps déjà, on voit des autocollants s’épanouir joyeusement sur les livres: prix spéciaux, récompenses littéraires ou autres choix de libraires. Jusque-là, ça m’énerve un peu (j’aime pas qu’on colle des choses sur mes livres) mais je garde mon calme. Mais là, là, trop, c’est trop. La dernière promotion en date de Hachette Canada me fait monter la moutarde au nez.
Sous le titre « Plaisir de lire ou argent remis », on nous explique que si vous n’êtes pas satisfait de votre lecture, Hachette Canada se fera un plaisir de vous rembourser. Il suffit poPlaisir-de-lireur cela d’écrire un courrier (ben oui, il faut bien travailler un peu quand même) pour expliquer les raisons du déplaisir (mais pas plus de 100 mots, c’est trop difficile sinon) et voilà.
Mais on croit rêver. Sous une publicité digne d’un magasin d’électroménager, « si ta machine ne marche pas comme tu veux, reviens et on te rend ton argent », on est quand même en train de faire comme si le livre était un produit comme les autres. Peut-être faudrait-il se poser des questions avant ça. Comment définit-on le plaisir de lecture? Est-ce que ça veut dire aimer un peu, beaucoup, à la folie? Est-ce que ce doit être une lecture-changement-de-vie ou une lecture-légère-vacances, ça marche aussi?
Bien sûr, on a tous l’expérience d’un livre pas aimé, même détesté, du genre « mais c’est quoi cette horreur ». Des fois, il suffit de le laisser vieillir dans sa bibliothèque et lorsqu’on y revient, on peut être agréablement surpris. Si l’horreur persiste, offrons le à quelqu’un à qui il plaira et hop, un plaisir de lire transmis, c’est pas beau ça? Et puis c’est oublier que l’acheteur-lecteur a des outils à sa disposition pour choisir dans les médias (je sais qu’il y a de moins en moins d’émissions littéraires mais il reste les journaux et les blogs bien sûr). Mais surtout, et je prêche pour ma paroisse, le libraire qui est capable de proposer des lectures susceptibles de plaire parce qu’il connaît son stock et les goûts de ses clients.
Finalement, ce qui me met en colère surtout, c’est cette société du satisfait ou remboursé, du tout échangeable, qui s’applique maintenant au livre comme s’il s’agissait d’un stylo ou d’une voiture – fais donc un bout de chemin pour voir si elle te convient. Ça existe déjà, c’est une bibliothèque. On déresponsabilise le lecteur qui n’a même plus à s’intéresser avant d’acheter, ce n’est pas grave, il sera remboursé.  C’est l’autocollant rouge qui le dit!

Publicités
Explore posts in the same categories: Réflechissons un peu

Étiquettes :

You can comment below, or link to this permanent URL from your own site.

4 commentaires sur “J’ai aimé ou remboursé”

  1. Liceal Says:

    ça fait du bien de râler, non?
    Tout à fait d’accord. Le plaisir de lire,d’aimer devient une obligation et si pas on rembourse! j’hallucine!
    Où est le processus de lecture, le cheminement propre à chacun? Lire est un chemin qu’on construit progressivement, et pas seulement avec ce que l’on aime.
    Et les libraires, se font-ils remboursés, eux, pour les cochonneries reçues à l’office? Bah, oui, y’préjudice moral, là…..

    • laurent Says:

      Oh, moi j’ai pris ça plus pour du second degré… Mais c’est vrai que, quand on a la chance de faire un livre, on devrait juste faire le maximum pour se faire plaisir et faire plaisir au lecteur (pour ma part, quand je passe 3 mois à illustrer un album, c’est pour rendre une copie la plus aboutie possible).
      Le problème, je crois, vient plus de certains éditeurs qui multiplient les albums plutôt que de les peaufiner avec les auteurs et prennet le temps,ensuite, de les défendre).

    • laurent Says:

      Et pour finir, avec mon mail précédent: C’est vrai que c’est un peu de l’abus que de mettre ce genre de sticker… et pourquoi pas « produit de l’année ? » ou  » enrichi en Oméga 3″ ? un livre reste un livre et le bouche à oreille, c’est quand même pas mal: Le tout est « que le livre ait le temps de circuler » !!!

  2. Dialog Says:

    J’ai été tellement déçu souvent à choisir les livres à partir de leur mise en valeur en page 4 de couverture que je ne me fie plus à ces textes promotionnels.

    L’avis des libraires, des amis, des amies ou de la parenté est aussi sujet à caution malgré les passions et raisons qu’ils avancent. Il faut bien me connaître pour me conseiller en ce domaine.

    Plus spécifiquement, ils doivent avoir une bonne idée de l’imaginaire qui m’habite et que je recherche dans les livres ou les films.

    Ils doivent aussi connaître mes valeurs fondamentales.

    Petit exemple précis sous un rapport concret : l’humour.

    Si la satire, la mise en boîte, la gouaillerie, la goguenardise et la taquinerie me plaisent, par contre le sarcasme, la moquerie, le snobinage, le persiflage, l’ironie, l’humour noir et les clins d’oeil d’initiés me dépassent ou m’horripilent.

    Et pour bien me connaître, il faut que j’ai pris le temps de me décrire sous tous les rapports principaux de ce genre que j’adore, le polar : héros, intrigue, rythme, atmosphères, personnages secondaires, dénouement, style d’écriture, etc.
    … et de vérifier si on m’a bien compris.

    Je suis seul responsable de mes choix.

    Si je suis l’avis de la page quatre de couverture, c’est mon choix de me fier à ce qu’on y tartine.

    Si je suis l’avis des personnes de ma connaissance, c’est aussi mon choix de me fier à leur recommandation. je ne peux leur reprocher de leur avoir donné ma confiance.

    La seule façon que j’ai trouvé de diminuer les risques, car il y a toujours un risque, c’est d’étudier attentivement plusieurs sources qui présentent de bonnes garanties de fiabilité, à savoir : les bons libraires spécialisés dans le genre littéraire que je recherche, les bons jurys qui décernent des prix reconnus, les proches qui me connaissent bien, qui connaissent plus particulièrement l’imaginaire dans lequel j’aime plonger avec ou sans livre.

    Comme pour les films, j’évite les critiques des journaux prestigieux, surtout quand ils crient au chef-d’oeuvre. Comme pour les films qu’ils classent de 1 à 7, j’évite les livres qu’ils cotent 1, 2, 6 et 7. Les prix des lecteurs des grands magazines sont par contre une source plus fiable. Malgré tout, il demeure possible que je sois déçu, que le livre ne me plaise pas.

    En somme, à l’expérience, j’ai découvert que la meilleure façon de réduire les risques d’un choix décevant, c’était de construire moi-même mon processus de choix.


Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s


%d blogueurs aiment cette page :