Archive for the ‘BD’ category

Quand Tardi s’occupe du tireur

07/02/2011

Il est rare que je parle bande dessinée, je ne me sens en général pas les compétences pour le faire. J’en lis, c’est vrai, mais je trouve beaucoup moins bien les mots qu’il faut pour en parler, surtout en ce qui concerne le dessin. Peut-être que le fait de travailler avec des spécialistes BD ajoute encore à mon humilité sur le sujet. Et pourtant, cette fois-ci, je vais m’essayer, l’occasion est trop bonne.

J’aime le dessin de Tardi, je trouve qu’il sert parfaitement à l’ambiance polar, aidé par le noir et blanc bien sûr. Qu’il adapte Léo Malet et son Nestor Burma ou qu’il écrive Adèle Blanc-Sec, il crée un univers qui lui est propre et qu’on reconnaît entre tous. La rencontre avec Jean-Patrick Manchette ne pouvait qu’être réussie, du moins je l’espérais.

Et cela s’est révélait vrai. Quand Tardi adapte La position du tireur couché, cela donne un univers noir et sombre. Je ne saurai pas dire si l’adaptation est parfaite, ma lecture du roman de Manchette remonte à trop loin, mais elle arrive à très bien installer l’ambiance qui m’était restée.

C’est l’histoire d’un tueur à gage qui veut se retirer du jeu et qui se rend compte que cela n’est pas vraiment possible, d’un homme qui croit pouvoir repartir en arrière, d’un coup monté pour le perdre et de magouilles politiques. Une sale affaire, quoi!

Tardi fait alterner des passages avec beaucoup de texte qui lui permettent de mettre en place le récit et des moments de silence et de tension. Les cris et les coups de feu passent d’une case à l’autre pour continuer l’action, un simple Bang vaut mille mots. D’autres cases très noires installent Paris de nuit et le jeu entre la noirceur et la blancheur sur la page place l’ambiance. Le découpage aussi donne beaucoup de rythme à la lecture et donc de là au récit. Tout cela sert parfaitement le texte de Manchette, ses personnages tous un peu tordus. Pas de gentils, juste des méchants, personne pour s’en sortir vraiment.

La dernière image m’a en particulier beaucoup plu, le tueur dans la position du tireur couché et son ombre, le reflet de ce qu’il a été. Et la bande dessinée regorge de cases fortes comme celle-ci.

Tardi nous offre une adaptation réussie du roman de Jean-Patrick Manchette et son dessin appuie l’univers de l’auteur.

Cela s’explique peut-être aussi par le fait que lui et Manchette ont écrit en commun un album qui vient d’ailleurs d’être republié chez Casterman, Griffu. Là encore, une histoire très très noire, pleine de pourris et d’arnaques. L’auteur et le dessinateur travaillent parfaitement ensemble pour une ambiance sombre. On sait que tout cela va mal finir et on prend beaucoup de plaisir à découvrir comment.

Quand deux auteurs aussi grands que cela se retrouvent sur des couvertures d’albums, cela ne peut que me donner envie de parler bande dessinée.

Manchette-Tardi, La position du tireur couché, Futuropolis, 2010.

Manchette-Tardi, Griffu, Casterman, 2010.

Un duel? Hombre! Voilà qui me sied!

02/02/2010

Même si j’en parle rarement sur ce blog, je lis aussi de la bande dessinée, que ce soit franco-belge ou comic américain. Je ne me sens juste pas assez armée pour en écrire la critique. Je n’ai pas assez d’éléments de comparaison, pas de grille de lecture, donc je lis, je savoure et je me tais, du moins blogosphèrement parlant.

Mais un neuvième volume de la série De Cape et de Crocs, ça se signale. D’abord, parce que ça fait plus de deux ans qu’on avait terminé le huitième et ensuite, parce que j’aime ça et c’est tout (j’avais prévenu, je n’ai aucun outil d’argumentation pour de la BD).

De Cape et de Crocs, c’est de l’aventure, de l’amitié, de l’amour, du combat et du panache. Rien que ça! Un récit digne d’un grand roman de cape et d’épée avec des images en plus.

Don Lope de Villalobos y Sangrin, le fier hidalgo, et Armand Raynal de Maupertuis, le gascon, nous conduisent dans une chasse au trésor qui les mènera de France jusque sur la lune (oui, oui, sur la lune) en passant par les mystérieuses îles Tangerines, avec leur ami Eusèbe et leur compère le Raïs Kader. Ils forment à eux quatre une nouvelle équipe de mousquetaires, en plus hétéroclite. Ils affronteront le capitaine Mendoza et une bande de pirates aimant un peu trop le pouvoir et découvriront l’amour. C’est toute une odyssée!

Quand en plus, il s’agit d’un loup et d’un renard, sans oublier un mignon petit lapin, on en redemande.

C’est prenant, c’est drôle mais c’est aussi bourré de références, littéraires ou autres. De Jean de la lune au maître d’arme pourvu d’un long nez, on reconnaît facilement certaines figures. C’est un des aspects qui me font aimer cette série: il me faut toujours plusieurs lectures pour en saisir tout la complexité, une première rapide pour le plaisir de l’aventure, une seconde plus calme pour tout voir. J’apprécie aussi le rythme des dialogues qui jouent avec les images et la qualité des échanges. Ce n’est pas tous les jours qu’on lit une bande dessinée où les duels se font à coup d’estoc et d’alexandrins.

Mais ce qui me fait vraiment suivre De Cape et de Crocs, ce sont ses personnages, à la fois typiques du genre et complètement parodiques: le fier espagnol, le gascon poète ou encore le lapin naïf qui a plus vécu qu’on ne le croit. On s’attache à ces bêtes-là, justement pour toute leur humanité et leur sens de l’aventure.

« Je croyais que vous étiez comme messieurs de Villalobos et Maupertuis! Que comme eux, vous ne renonciez jamais. Que comme eux, vous aviez toujours un riant visage à présenter à l’adversité… un beau geste face au malheur, un bon mot face au danger… Que comme eux, vous possédiez ce je-ne-sais-quoi qui permet les plus improbables victoires, et qui, quand on perd, empêche les méchants de triompher tout à fait…

cette chose que mes amis appelaient … le panache! »

Alain Eyroles et Jean-Luc Masbou, De Cape et de Crocs, Delcourt (9 tomes à date)

Rebus chez les démons

05/09/2009

Rankin dans le fantastique? Oui, mais avec des bulles. Il vient en effet de sortir un roman graphique publié chez DC Comics dans la collection Vertigo Crime. Il y reprend le personnage de John Constantine créé par Alan Moore en 1985 dans Swamp Thing et qui aura ensuite sa propre série, Hellblazer. Constantine est un privé un peu particulier spécialisé dans l’occulte, il affronte possédés et démons en tout genre. Un producteur de téléréalité vient le trouver pour lui parler de son dernier show: six candidats sont enfermés dans une maison, coupés du monde, filmés sous toutes les coutures. Jusque-là rien que du classique. Le but du jeu? s’amuser avec leur peur, les terrifier, et regarder comment ils s’en sortent. La maison a été conçue pour ça. Et effectivement, les participants ont l’air complètement affolé, ils voient des choses qui les épouvantent. Seul hic, les producteurs n’ont encore rien provoqué, tout cela se passe hors de leur contrôle.
Dark EntriesL’argent est un appât intéressant surtout quand il y a des factures à payer et John Constantine accepte de  s’occuper de cette affaire.
Je n’en ajouterai pas plus pour ne pas dévoiler la clé de l’histoire. Disons seulement que notre privé ne va pas se retrouver là où il le pensait et que le but ultime du jeu (car cela en est un pour les spectateurs du moins) le concerne directement. Intrigué? Vous devriez car cela mérite la lecture.
Il y a bien sûr la manière de raconter de Ian Rankin que l’on retrouve avec plaisir dans un style totalement différent. Il n’est pas facile de passer de l’écriture d’un roman à celui d’un roman graphique, c’est un autre rythme, une narration différente et il s’en tire parfaitement bien. Il mêle ses indices au récit afin de nous mener tout en douceur d’une enquête normale à une histoire complètement fantastique.
Le dessin de Werther Dell’era et le choix du noir et blanc appuient l’avancée de l’histoire et j’ai plutôt apprécié l’idée du contour noir de la page lorsque Constantine comprend où il se trouve (non, je ne vous le dirais pas, ça gâcherait le plaisir).
C’était ma première rencontre avec John Constantine, je ne peux donc pas juger du respect du personnage original qui a également été repris par Neil Gaiman par exemple. Mais le duo Rankin/Dell’era fonctionne parfaitement à mon avis.
Le coup classique de la maison hantée with a twist! Une plongée dans la noirceur pour nous rappeler si on ne le savait pas déjà que la téléréalité n’est pas bonne pour la santé.

Ian Rankin/Werther Dell’era, Dark Entries, DC/Vertigo, 2009.

Pour les amateurs du genre, une nouvelle collection à surveiller, du roman graphique, couverture rigide, en noir et blanc, entièrement dédiée au polar. Pour l’instant, deux sorties seulement, Dark Entries et Filthy Rich de Brian Azzarello et Victor Santos. La suite devrait être prometteuse.

Des zombies et des hommes.

29/05/2009

Couverture Dylan Dog Case Files

Avant Mulder, il y avait Dylan Dog. L’enquêteur des choses occultes, créé par l’auteur italien Tiziano Scalvi dans les années 80, est a découvrir de toute urgence grâce à l’éditeur américain Dark Horse qui a eut la riche idée de compiler les sept histoires traduites en anglais en un seul volume.

Ancien inspecteur de Scotland Yard, Dylan Dog habite à Londres au 7, Craven Road, clin d’œil de Tiziano Scalvi au réalisateur de films d’horreur Wes Craven. Bien évidemment, notre héros n’habite pas seul, à l’instar de Sherlock Holmes, il est affublé d’un assistant, le fidèle Félix à la logorrhée envahissante et parsemée de jeux de mots horripilants. Celui-ci ne s’est pas toujours prénommé ainsi. En effet, dans la version originale Félix s’appelait Groucho, hommage de l’auteur au plus populaire des Marx Brothers. Malheureusement les héritiers du défunt comique mirent leur holà et Groucho devint Félix.

Les histoires qui composent The Dylan Dog Case Files sont traversées par des esprits maléfiques, des freaks, des tueurs en séries et des femmes. Beaucoup de femmes. Dylan Dog, cœur d’artichaut, tombe amoureux d’une femme sulfureuse à chaque aventure. Il est un redoutable charmeur doté d’un sourire ravageur mais, comme on l’apprend dans l’une de ses aventures, atteint d’un sévère complexe d’Œdipe. Bien moins simpliste qu’on ne pourrait le penser au premier abord, les histoires écrites par Tiziano Scalvi sont riches et vont bien au-delà du banal combat du bien contre le mal. À la manière de son compatriote et cinéaste George A. Romero, il utilise des histoires teintées d’horreur et de fantastique pour égratigner tout ce qui l’insupporte, et la liste est longue. Des journalistes de tabloïds sans vergognes  assoifés de sensationnel à la bourgeoisie conservatrice bien pensante, en passant par les flics pourris et la société en général qui rejette tout ce qui sort du rang.

Ce pavé de près de 700 pages est un vrai bonheur à parcourir et une belle découverte. Bien servi par un dessin en noir et blanc, on plonge dans les aventures de Dylan Dog avec beaucoup de plaisir et la satisfaction de tenir entre les mains une perle de la BD européenne pas assez connu.

Tiziano Scalvi, The Dylan Dog Case Files, Dark Horse, 2009.


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